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jeudi 19 septembre 2013

Symbole

Le contemporain capital par excellence du Québec des dernière décennies, Richard Martineau, sollicite la population en ce matin de 19 septembre 2013. Je le cite:

"Je lance un concours. Au cours des prochains jours, envoyez-moi par courriel (ou par courrier) vos propositions pour un signe ostentatoire voulant dire: «Je me fous de la religion et je trouve qu’elle prend trop de place!»"

Voici ma modeste contribution à un débat qui promet d'être de haute tenue:

« Bonjour,

Pas évident. Nous voici placés devant le problème qu'on génialement résolu les Indiens il y a un siècle lorsqu'ils ont inventé le zéro: Comment représenter "rien" avec "quelque chose" (un symbole). Dans le cas qui nous intéresse, il ne s'agit pas de "rien" mais carrément du néant...

Mais de toute façon, pourquoi se limiter à un symbole. Les franciscains ont tout un costume!
Je voterais pour celui des Nihilistes dans le Grand Lebowski. "We're nihilists! We beleive in nothing!!!"
À moins que les droits sur les Oraliens soient encore disponibles. Le costume du Furotte, ce serait pas pire...
Merci de solliciter la population pour des causes aussi nobles! »


jeudi 12 septembre 2013

Ce que nous voulons

On verra bien ce qui arrivera avec le Québec… On mourra tous et on verra ce qui en est alors. L’individu doit décider lui-même. Il a accès à tout ce qui lui est possible d’avoir pour faire un choix éclairé qui déterminera son éternité. La Bible est un texte comme un autre? Soit. N’en tiens pas plus compte que ça et vis comme bon te semble… Tu mourras et tu t’éteindras, tu en es sûr. Tu auras vécu sans trop de conséquence et sans trop faire de mal à ton prochain. Des gens croient que la Bible renferme la révélation que Dieu a fait aux hommes pour qu’ils puissent se sauver. Grand bien leur fasse, si ça peut les rassurer. Il y en a eu des brillants parmi ces gens: Pascal, Leibniz, Kierkegaard… Ça n’a pas vraiment d’importance. Le concept même d’un livre qui contiendrait la révélation de ce qu’il faut faire pour ne pas tomber dans le néant te répugne. Alors tu ne vas pas aller voir dans ce livre même si des générations l’ont fait avant toi. Non, tu ne vas rien faire et telle est la sagesse. Ne rien faire. Vivre et laisser vivre. Pourrir et laisser pourrir. Tel est le fin du fin de l’intelligence eschatologique. Jouir et faire jouir sans faire de mal à personne. Tout ce qu’on ajoute à cela vient du mauvais à savoir: l’extrémiste! Celui qui est en quête d’absolu... Il n’y a pas d’absolu. Il y a ces petits moments dont il faut profiter et qui s’apparentent en gros à ce qui provoque le ronronnement d’un chat. Non seulement il ne faut pas chercher plus, mais il ne faut pas avoir l’air de dire, par le port de symboles quelconques, qu’il faudrait peut-être chercher plus. Car c’est bien ce qu’ils disent, ces symboles que l’on veut bannir: qu’il y a peut-être une réalité plus haute que ce que l’État québécois peut prendre en charge. Ce n’est pas, disons, scientifique… Et ça peut faire du mal aux gens qui alors se mettront à chercher le bonheur dans ce qui n’existe pas… Car il convient de tenir compte de cette réalité avant d’aller plus loin: Ça n’existe pas! Ce n’est pas une question de croyance. Ce sont les croyants qui croient! On ne peut pas faire mentir les mots. Il faut bien sûr ménager les pauvres d’esprit à qui on a promis le royaume de Dieu… Mais si on veut vraiment discuter sérieusement pour pouvoir débattre en toute sérénité, il faut commencer par le commencement et admettre d’emblée qu’il n’y a rien de vrai dans tout cela. Après et seulement après on pourra expliquer les motivations profondes de nos décisions pour bien faire voir que c’est le bien et seulement le bien des gens que nous cherchons. Celui des gens à la tête bien faite que de telles niaiseries choquent, bien entendu… Mais surtout le bien de ceux qui s’accrochent comme si la pleine lumière du jour les terrorisaient. Ils sont un peu comme des oisillons que nous voudrions pousser hors du nid non pas pour qu’ils s’écrasent au sol, mais pour qu’ils puissent enfin déployer leurs ailes et sentir comme il est bon de pouvoir planer hors de leur refuge de paille qui ne les protège même pas du loup. Oui, c’est surtout par amour pour ces gens que nous agissons ainsi, que nous leur enlevons leurs béquilles pour qu’ils puissent se rendre compte que leur fracture est guérie depuis longtemps. Leurs muscles pourront enfin se renforcer et ils marcheront, eux aussi, comme nous, debout et fiers. Et pour qu’ils sachent se diriger (car c’est bien beau marcher mais il faut encore savoir dans quelle direction), nous leur avons préparé un bel itinéraire qui leur permettra de savoir ce qui est important dans leur nouvelle vie. Car il faudra s’assurer qu’ils ne remplacent pas leurs valeurs religieuses par d’autres encore plus répréhensibles. Voyez, tout a été prévu. Nous nous attendions certes à de la résistance, il est toujours un peu effrayant de sortir de l’esclavage. Mais lisez bien la plume trempée dans l’amour et l’humilité de notre chevalier Richard dans le Journal de Mtl et vous serez rassurés. C’est une question de strict bon sens et rien d’autre.

samedi 24 août 2013

Antipoison: l'arnaque de l'utopie athée

Un collaborateur a accepté d'afficher un livre qu'il a écrit en 2008 mais qui dort depuis ce temps sur son disque dur. Le livre s'intitule Antipoison: l'arnaque de l'utopie athée. Il s'agit d'une lecture suivie de Pour en finir avec Dieu de Richard Dawkins (The God Delusion) et du Traité d'athéologie de Michel Onfray. Le tout se termine avec une correspondance à sens unique avec le chroniqueur Richard Martineau qui s'est tenue pendant quelques semaines, en 2007.

Voici un extrait de l'introduction (les mots en italiques sont des extraits du livre de Richard Dawkins):
« Imaginez, avec John Lennon, un monde sans religion... Pas de bombes suicides, pas de 11 Septembre, pas de Croisades, pas de chasses aux sorcières, pas de Conspiration des poudres, pas de partition de l’Inde, pas de guerres israélo-palestiniennes, pas de massacres de musulmans serbo-croates, pas de persécution de juifs, pas de "troubles" en Irlande du Nord, pas de "crimes d’honneur", pas de télévangélistes au brushing avantageux et au costume tape-à-l’œil. »
Imaginez avec John Lennon... Non rien de tout ce qu’il vient d’imaginer parce que rien du tout : l’humanité éteinte par ennui et dégoût de vivre. On jurerait l’argumentaire d’un futur D.I.C. du Meilleur des mondes qui prônerait l’application du système qu’Aldous Huxley décrit génialement, non pas comme un idéal paradisiaque, mais comme un cauchemar, comme la forme idéale du totalitarisme à venir. Dawkins comme Onfray sont des prophètes de ce système futur. Ils attendent son avènement avec la même ferveur que les prophètes de l’Ancien Testament attendaient le Messie. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin dans la description du meilleur des mondes de Dawkins : « Imaginez... » (Oh! il sait sur qui s’appuyer, notre beau Richard, pour s’attirer la sympathie du lectorat qu’il vise. Imaginez, John Lennon! Est-ce que quelqu’un
ici va oser s’attaquer à John Lennon?) « Imaginez, pas de talibans pour dynamiter des statues anciennes, pas de décapitations publiques des blasphémateurs, pas de femmes flagellées pour avoir montré une infime partie de peau... » C’est tellement beau qu’on se sent poussé à compléter son énumération pour donner un tableau plus général de cet Empyrée uchronique : « Imaginez, pas d’hôpitaux, les pauvres et les malades qui crèvent sur le bord du chemin sans que personne ne s’arrête; la loi du plus fort appliquée systématiquement et donc l’humanité débarrassée de ses membres les plus déficients; imaginez un monde sans Sixtine, sans les messes de Bach et de Beethoven, sans les Cathédrales, ces verrues qui nous cachent le paysage; imaginez Québec, un simple poste de traite devenu un immense La Baie pour approvisionner les Européens en cochonneries. Un monde sans université, sans théâtre... Un monde où nous ne serions plus scandalisées de voir des femmes se faire flageller parce que cette pratique seraient tellement la norme qu’elle ne serait pas plus choquante que celle d’un chien qui mord un facteur. » Le rôle de l’Église dans la mise en application d’institutions aussi banales que l’Université, l’Hôpital et le Théâtre moderne n’est plus à démontrer. J’insiste sur les deux premiers: l’Université et l’Hôpital... Difficile d’imaginer comment pourrait vivre les biologistes et les généticiens sans ces institutions... Et donc on pourrait dire : « Imaginez, pas de Richard Dawkins! » Quoi que bien sûr, un individu de ce type aurait trouvé une autre façon de tout salir, tout comme les hommes auraient trouvé d’autres prétextes que la religion pour s’entretuer, ainsi que l’illustre un demi-siècle de goulags, de maoïsme, et de khmers.

Car on verra bien que c’est ce qu’il est d’abord, notre Richard : un petit salisseur animé d’un orgueil colossal qui transparaît dès les premières lignes de l’introduction.
« J’ai idée – enfin je suis sûr – qu’il se trouve autour de nous une multitude de gens qui ont été élevés dans une religion ou dans une autre qui ne les rend pas heureux, à laquelle ils ne croient pas, ou qui les préoccupe pour tout le mal qui est fait en son nom; des gens qui ont vaguement envie de quitter la religion de leurs parents et qui aimeraient pouvoir le faire, mais qui tout simplement ne se rendent pas compte que c’est possible. »
Si Dawkins avait écrit ces mots dans le Québec d’il y a cent ans, on aurait pu applaudir. Mais, allô! on est en 2008, mon Richard, ce qui fait qu’à part pour les gens pris dans des sectes (mais pour Dawkins le relativiste, il n’y a pas de différence entre sectes et religions), il est assez facile aujourd’hui pour un jeune de dire basta! à la religion de ses parents. C’est même le contraire, aujourd’hui, qui est étonnant : lorsque le jeune décide d’embrasser la foi de ses géniteurs, consciemment, volontairement... Je connais peu de gens qui, à vingt ans, sont encore catholiques uniquement parce que leurs parents le sont. Pas que je ne connaisse pas d’enfants de catholiques qui aient décidé de le demeurer. Dans de tels cas, ce qui s’est passé, c’est quelque chose que Dawkins ne semble pas concevoir : c’est que la religion en question a été bien montrée par les parents. Ils n’ont pas été catholiques uniquement parce que leurs parents l’étaient eux-mêmes sans trop savoir pourquoi. Car alors, il est presque sûr que des enfants d’aujourd’hui vont lâcher. Pourquoi? Parce que les pressions extérieures, du moins ici, au Québec, sont largement antireligieuses. Entrez dans une classe du secondaire et dites : aujourd’hui nous allons parler de la Bible et écoutez la rumeur qui va suivre. Dawkins parle comme si la réaction devait consister en un concert d’applaudissements. Il s’adresserait alors à l’étudiant plus lucide que les autres qui serait fâché devant une telle perspective mais qui n’oserait pas parler de peur de se faire excommunier. En tant que prof, je peux vous dire que c’est exactement le contraire qui est vrai. L’étudiant qui a envie de se faire parler d’Abraham est mieux de ne pas en faire part s’il ne veut pas se faire ridiculiser jusqu’à la fin de son secondaire.

Dawkins a réussi son coup puisqu’il a vendu deux millions d’exemplaire du livre que je m’apprête à décortiquer. Il vient d’arriver en traduction et je lui prévois un succès monstre ici, au Québec. On sait à quel point les Québécois aiment se faire dire qu’ils sont courageux... Qu’ils sont uniques... Qu’ils sont marginaux... Pour reprendre une métaphore musicale, le public de Dawkins me fait penser à une foule qui assisterait à un show soi-disant underground au Stade Olympique... « Quoi, je pensais être le seul à connaître ce groupe à Montréal! » Non, à bien y penser il ne se dirait pas ça... Non, il serait là, au Stade, avec 60 000 personnes autour de lui, et il continuerait de croire qu’il est au premier show que Nirvana a donné aux Fouf en 93 devant une cinquantaine de spectateurs. Courage! leur dirait Dawkins! Vous n’êtes plus seuls. Quoi! vous avez besoin d’un télévangéliste inversé pour prendre conscience de ça? 

vendredi 16 août 2013

Tyrannie du Refus

Ma lecture suivie du Refus global pouvait donner l’impression que j’aurais préféré vivre dans le Québec d’avant la Révolution tranquille. Il n’en est rien. Ma lecture se voulait un peu humoristique… Meilleure chance la première fois.

Madame Manon Barbeau n’a pas réagi à mon article suivant qui se voulait plus sérieux. Mais je doute qu’elle apprécie ma lecture suivie. Après tout, on espère tous ne pas avoir à vivre le rejet (ou le refus) qu’elle a eu à vivre. Mais puisqu’il en est ainsi, autant que ce soit pour quelque chose de grand. Or ma lecture pouvait laisser croire que je ne vois rien de grand dans le manifeste des Automatistes. C’est faux. Le titre l’indique assez bien : il s’agit de faire exploser, pas de fonder. Ils savaient cela, les Automatistes. Ce sont leurs successeurs qui ont voulu fonder sur la dynamite.

Dans le film de Manon Barbeau, la personne la plus intelligente me semble être le fils de Borduas. Il dit entre autres (je cite de mémoire) : « Mon père voulait détruire les anciens mythes. Mais il est très difficile d’en forger de nouveaux. » C’est à cette tâche que nombre de poètes, penseurs, universitaires et artistes se sont essayés par la suite. Les résultats ont été désastreux quand ils n’ont pas été simplement risibles. Une « mythologie » sur laquelle s’est appuyé tout l’Occident pendant 18 siècles ne se remplace pas comme ça. On s’essaie et on se rend compte qu’il ne s’agit que d’une mise à jour poche de la « mythologie » que le christianisme a renversée d’une pichenotte. Dès lors, tout est à recommencer, et c’est peut-être pourquoi les mouvements chrétiens qui se réfèrent aux premiers siècles de l’Évangile ont plus de succès aujourd’hui que les autres.

Comme texte fondateur, le Refus global a institué dans la psyché collective un réflexe de… refus. Ce réflexe est présent dans toutes les sociétés occidentales mais il est particulièrement marqué ici. Depuis ce temps, notre choix le plus naturel est : « Aucune de ces réponses ». Du coup, le « blocus spirituel » que dénonce Borduas s’en est trouvé terriblement renforcé. Nous sommes pris au Québec dans ce que j’appellerais la tyrannie du refus. Il y a chez nous une injonction au refus qui nous empêche de faire des choix conscients au moment où il faudrait volontairement et librement faire ces choix.

Or, ce que Kierkegaard appelle le saut de la foi implique toujours un choix volontaire et conscient. Ce que nous choisissons au Québec est toujours quelque chose qui s’est imposé à nous parce que nous ne voyons pas que nous l’avons adopté par choix. C’est comme une amnésie sélective. Nous nous retrouvons à défendre une option qui semble aller de soi parce que nous ne nous rappelons plus ce moment précis où nous eu à faire le choix de cette option parmi d’autres au moins aussi valables. Et dès lors, cette option s’impose à nous comme la couleur du ciel. Le ciel est bleu, mais je n’ai pas eu à le choisir, et ceux qui disent qu’il est vert sont fous ou daltoniens, infirmes de toutes les façons…Ce qui explique que les Québécois répugnent tant à débattre : comment discuter avec quelqu’un qui est convaincu que le ciel est vert? En effet, mais il ne s’agit pas ici de la couleur du ciel.

Il y a eu un moment où l’option de la croyance en Dieu s’est présentée à un athée convaincu (comme, disons, Richard Martineau) avec tous les arguments (ou plusieurs d’entre eux) qui font que tant de gens indiscutablement intelligents croient en Dieu et même en l’Église apostolique romaine. Il a choisi, mais choisir signifie nécessairement ACCEPTER. Ce qui va à l’encontre du dogme du refus que le manifeste automatiste a institué dans l’esprit des gens. Du coup, le seul moyen de ne pas se prendre soi-même en flagrant délit de contradiction avec ce dogme, est d’oublier cet épisode où il a fallu faire un choix (donc accepter), et donc dire que l’athéisme n’est pas une question de choix mais de lucidité élémentaire, comme la perception du bleu du ciel n’est qu’une question de bon fonctionnement du système oculaire.

Or à ce jeu, la foi ne peut pas être de taille puisqu’elle implique toujours, pour être valable, un choix éclairé et conscient, donc une acceptation volontaire. Contre le refus. C’est seulement après cette acceptation que doit venir le refus. Car si on refuse la globalité des options, il n’y a plus d’acceptation possible, du moins d’acceptation consciente. Dès lors, un Richard Martineau n’est plus conscient que son athéisme est le fruit d’un choix. Il n’y a jamais eu de choix. Dieu n’existe pas et c’est tout. Et alors? Tu acceptes pourtant que tu es là? Comment l’expliques-tu? Le hasard? La sélection naturelle? Et il se retrouve à placer ces causes possibles de son existence sur le même plan que le bleu du ciel ou la rotondité de la Terre, ce qui relève de la plus colossale idiotie, le degré zéro de la pensée.

Il est à la mode de plaider la folie au tribunal. C’est ce que ces gens seront réduits à faire devant le Tribunal céleste. Je doute qu’il soit aussi bienveillant que notre système de justice l’est présentement. On sait que près de la moitié des verdicts de non-responsabilité criminelle au Canada sont prononcés au Québec. J’ai très envie d’y voir une conséquence plus ou moins directe de cette tyrannie du refus qui nous a été inculquée avec le Refus global. Cela dit, il est possible que tout ça ait été nécessaire. On a simplement réagi à l’injonction contraire qui était une tyrannie de l’acceptation. Pas besoin de faire un dessin, je pense. Sans doute qu’on en était là, dans le Québec de l’époque. Il faut seulement considérer ceci qui me semble définitif :Ce n’est pas parce que la Vérité a cessé d’être imposée qu’elle a cessé d’être… la Vérité.… avec son pouvoir libérateur révélé dans saint Jean (8, 32).

Le Québec de l’époque a vécu une situation inédite par rapport aux autres sociétés totalitaires (qualifions-la ainsi pour le moment). Normalement, ce qui est imposé, c’est ce qui n’a pas de bon sens. C’est d’ailleurs pour ça qu’il faut imposer. Le désir de vérité que porte tout homme lui dit que ça n’a pas de bon sens, mais l’autorité extérieure lui impose de l’accepter.

Dans le cas du catholicisme, les autorités ne se battent pas contre l’intuition du vrai mais contre la tyrannie des instincts. On se dit : puisque ce dogme a été imposé, ça doit vouloir dire qu’il est faux. Or qu’arrive-t-il lorsque ce dogme, pour avoir été imposé, n’en demeure pas moins conforme à la Vérité?On n’a pas envie que ce dogme soit vrai, non parce que notre intuition du vrai se révolte, mais parce qu’il va à l’encontre de notre instinct charnel.

Dans le premier cas, l’autorité en place devra user de méthodes coercitives fortes pour convaincre que le mensonge est vérité.

Dans le second cas, la coercition s’apparentera à celle dont usera des parents sévères voulant ramener son enfant dans le bon sens. La coercition ne pourra évidemment pas aller jusqu’aux camps de travail et aux famines provoquées. Viendra un temps où il devra se résoudre à laisser partir l’enfant en espérant qu’il tire les leçons qu’il faut de ses expériences et déceptions.

C’est la raison pour laquelle on a pu parler de Révolution TRANQUILLE, qui est un cas sans précédent, si je ne m’abuse, dans l’histoire humaine. Jacques Parizeau lui-même le signalait, dans une entrevue récente. Lorsque les acteurs principaux de la Révolution tranquille sont allés rencontrer les dirigeants de l’Église de l’époque pour exiger la prise en charge de la santé et de l’éducation (qui représenteront bientôt à eux deux les trois quarts de toutes les dépenses de la province) ils ont été renversés de se faire répondre : « Parfait, si c’est ce que vous voulez. On signe où? » On n’aurait jamais vu ça dans une société totalitaire au sens où on l’entend généralement.

Pourquoi ça s’est passé comme ça ici et pas dans les autres dictatures? Pour la bonne raison que ce qui était imposé ici n’était pas des théories fumeuses visant à remplacer une « mythologie » millénaire, mais la Vérité même. Quand le refus se veut global, ça signifie qu’il doit inclure dans sa globalité la Vérité même. C’est ce qui nous est arrivé.

Maintenant, il ne faudrait quand même pas exagérer. Il y a la Vérité et il y a la forme, l’écrin dans lequel elle est présentée. Et il y avait sans doute là beaucoup de choses à refuser. Pour cela, on peut remercier chaleureusement Borduas et sa bande.

jeudi 1 août 2013

""""""""""dérive"""""""""?

Réaction à l’article de Richard Martineau « Établir les priorités » publié dans le Journal de Québec de ce matin, 1er août 2013. Cet article, comme tous ceux de ce blogue, a été envoyé au chroniqueur  ici visé.


C’est quelque chose de piquant de voir Richard-Cœur-de-Lion Martineau enfiler quatre paires de gants blancs pour proclamer sans-crier-trop-fort-pour-ne-pas-réveiller-les-enfants qu’il y a peut-être des dérives dans le programme de procréation assisté. S’il y est des vérités trop hautes pour qu’il soit permis de les répéter ici bas (2Co 12,4), il doit y en avoir d’autres à peine moins élevées qu’on doit se contenter de chuchoter. La possibilité (qu’il était absolument impossible de prévoir), de la probabilité de l’existence potentielle de telles dérives doit en être une. Il ne faudrait pas cependant que les gens qui auraient pu faire des demandes ayant mené à des actions que l’on qualifie maintenant de « dérives » se sentent mal-à-l’aise. (Les guillemets ne sont pas de moi, ils sont du Journal de Québec dans son édition d’hier) Cependant, en bon père de famille qui sait user de tendresse en temps opportuns, Richard nous explique, avec l’à-propos que donne l’expérience de celui qui a vu, que le programme n’a pas été mis en place pour les couples homosexuels mais pour les couples infertiles.

Ayoye!

Je rappelle que le mot « Apocalypse » signifie « Révélation » en grec.

Évidemment que des dynasties sont tombées pour moins que ça. D’où la délicatesse dont il convient de faire preuve dans des circonstances aussi tragiques. Mais vous imaginez les déchirements? D’abord, il faut que Richard use de finesse. Ce n’est pas sa tasse de thé, on le sait, et c’est pour ça qu’on le lit. Mais là, imaginez-vous, des gens de la communauté homosexuelle pourraient être froissés. Richard nous a souvent révélé qu’il avait des amis homosexuels, privilège rare que ne sauraient partager cette plèbe à qui il s’adresse et qu’il s’est donné la mission d’élever.

Et l’on se prend à rêver d’avoir nous aussi, un jour, des amis homosexuels pour y faire subtilement allusion lors des conversations avec les collègues de travail et autres personnes que l’on voudrait éventuellement impressionner. « J’en parlais justement l’autre jour à mon ami homosexuel… »  Mélange d’étonnement, d’approbation et d’envie dans les regards : voilà certes un homme ouvert d’esprit.

Évidemment que si vous êtes catholique, il ne faut pas y compter. D’ailleurs pour compenser cette retenue dont il a fait preuve, pour nous convaincre qu’il n’est pas en train de se ramollir et nous rappeler à quelle enseigne il loge, Richard revient sur l’héroïque sévérité dont il a fait preuve la veille envers le Pape François. Bon avouons que ce n’était rien à comparer de celle qu’il déjà eu envers Benoit XVI…  C’était la belle époque que celle où l’on pouvait bûcher sur ce vieillard affaibli dans l’unanimité de notre haine collective envers tout ce qui empêche l’humanité d’évoluer. Mais là, le pape François, il a l’air d’un bon bougre et il attire 3 millions de personnes sur les plages de Rio Janeiro. Il convient de se garder une petite gêne… Mais ne nous inquiétons pas, il finira par dire une vérité avec assez de force pour qu’on puisse se permettre de lui tomber dessus à bras raccourcis en gueulant nos invectives avec le courage d’un hyène affamée devant un antilope infirme. Nous en ressortirons triomphants et pourront rappeler, quand viendra le temps de dire avec solennité des vérités de La Palice qui pourraient faire de la peine aux puissants de ce monde, notre passé de héros de la Résistance et de donateur à la Société canadienne du cancer. À voir un tel lion se transformer en agneau, on se dit que le lobby gai n’est pas seulement actif et puissant dans l’Église.

mercredi 24 juillet 2013

Chenille, Chabrel, Martineau, etc

24 juillet

Suis allé écrire hier au Sacrilège. Réflexion sur la foi dans ce qu’elle a de méritoire. D’actif. Martineau écrit ce matin qu’il y a deux choses qui le font rire : la royauté et la religion. « Moi aussi je rirai » dit la Sagesse. La seconde partie de son article est cependant intéressante. Je m'étais alors permis un petit courrier du lecteur :

« Bravo pour la seconde partie de votre article. Je suis catholique pratiquant et j’ai toujours trouvé que le concept même d’accommodement a quelque chose d’insultant : comme si nous étions des infirmes qui faisions pitié et pour qui il convenait de faire quelques sacrifices.  On veut nous donner des accommodements comme des rampes pour les chaises roulantes ou des sous-titres pour les malentendants. Vous avez raison de dire qu’en 2013, on choisit d’être religieux ou non et qu’on doit assumer par la suite les conséquences de ce choix. Je ne vais pas exiger que les Walmart ferment le dimanche, je vais me contenter de ne pas y aller. Je ne vais pas non plus exiger que les restaurants cessent de servir de la viande le vendredi. Il y a quelques jours, je suis allé à un enterrement de vie de garçon. Rendu à l’étape des danseuses, je suis tranquillement rentré chez moi. Pour un vrai croyant c’est l’athée l’infirme, ainsi que l’a exprimé de façon définitive M. Marcel Jouhandeau : « Un athée est un homme châtré du côté de l'âme. » J’en conclus que ceux qui exigent des accommodements ne sont pas vraiment croyants. Ou s’ils le sont, c’est pour les mauvaises raisons. Ce qui revient au même. »

A pis merde! C’est la fête de saint Charbel aujourd’hui. C’était un ermite. Il ne perdait pas son temps à écrire des lettres aux chroniqueurs. Il passait ses journées en prière. Il est considéré comme le père de l’Église du Liban.

La conversion est une condition sine qua non à la réussite de sa vie. La chenille qui n’est jamais devenue papillon n’a pas réussi sa vie. On a la liberté de vouloir rester chenille. On est libre de ne jamais vouloir s’enfermer dans un cocon comme saint Charbel s’enfermait dans sa cellule.