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jeudi 19 septembre 2013

Symbole

Le contemporain capital par excellence du Québec des dernière décennies, Richard Martineau, sollicite la population en ce matin de 19 septembre 2013. Je le cite:

"Je lance un concours. Au cours des prochains jours, envoyez-moi par courriel (ou par courrier) vos propositions pour un signe ostentatoire voulant dire: «Je me fous de la religion et je trouve qu’elle prend trop de place!»"

Voici ma modeste contribution à un débat qui promet d'être de haute tenue:

« Bonjour,

Pas évident. Nous voici placés devant le problème qu'on génialement résolu les Indiens il y a un siècle lorsqu'ils ont inventé le zéro: Comment représenter "rien" avec "quelque chose" (un symbole). Dans le cas qui nous intéresse, il ne s'agit pas de "rien" mais carrément du néant...

Mais de toute façon, pourquoi se limiter à un symbole. Les franciscains ont tout un costume!
Je voterais pour celui des Nihilistes dans le Grand Lebowski. "We're nihilists! We beleive in nothing!!!"
À moins que les droits sur les Oraliens soient encore disponibles. Le costume du Furotte, ce serait pas pire...
Merci de solliciter la population pour des causes aussi nobles! »


jeudi 12 septembre 2013

Ce que nous voulons

On verra bien ce qui arrivera avec le Québec… On mourra tous et on verra ce qui en est alors. L’individu doit décider lui-même. Il a accès à tout ce qui lui est possible d’avoir pour faire un choix éclairé qui déterminera son éternité. La Bible est un texte comme un autre? Soit. N’en tiens pas plus compte que ça et vis comme bon te semble… Tu mourras et tu t’éteindras, tu en es sûr. Tu auras vécu sans trop de conséquence et sans trop faire de mal à ton prochain. Des gens croient que la Bible renferme la révélation que Dieu a fait aux hommes pour qu’ils puissent se sauver. Grand bien leur fasse, si ça peut les rassurer. Il y en a eu des brillants parmi ces gens: Pascal, Leibniz, Kierkegaard… Ça n’a pas vraiment d’importance. Le concept même d’un livre qui contiendrait la révélation de ce qu’il faut faire pour ne pas tomber dans le néant te répugne. Alors tu ne vas pas aller voir dans ce livre même si des générations l’ont fait avant toi. Non, tu ne vas rien faire et telle est la sagesse. Ne rien faire. Vivre et laisser vivre. Pourrir et laisser pourrir. Tel est le fin du fin de l’intelligence eschatologique. Jouir et faire jouir sans faire de mal à personne. Tout ce qu’on ajoute à cela vient du mauvais à savoir: l’extrémiste! Celui qui est en quête d’absolu... Il n’y a pas d’absolu. Il y a ces petits moments dont il faut profiter et qui s’apparentent en gros à ce qui provoque le ronronnement d’un chat. Non seulement il ne faut pas chercher plus, mais il ne faut pas avoir l’air de dire, par le port de symboles quelconques, qu’il faudrait peut-être chercher plus. Car c’est bien ce qu’ils disent, ces symboles que l’on veut bannir: qu’il y a peut-être une réalité plus haute que ce que l’État québécois peut prendre en charge. Ce n’est pas, disons, scientifique… Et ça peut faire du mal aux gens qui alors se mettront à chercher le bonheur dans ce qui n’existe pas… Car il convient de tenir compte de cette réalité avant d’aller plus loin: Ça n’existe pas! Ce n’est pas une question de croyance. Ce sont les croyants qui croient! On ne peut pas faire mentir les mots. Il faut bien sûr ménager les pauvres d’esprit à qui on a promis le royaume de Dieu… Mais si on veut vraiment discuter sérieusement pour pouvoir débattre en toute sérénité, il faut commencer par le commencement et admettre d’emblée qu’il n’y a rien de vrai dans tout cela. Après et seulement après on pourra expliquer les motivations profondes de nos décisions pour bien faire voir que c’est le bien et seulement le bien des gens que nous cherchons. Celui des gens à la tête bien faite que de telles niaiseries choquent, bien entendu… Mais surtout le bien de ceux qui s’accrochent comme si la pleine lumière du jour les terrorisaient. Ils sont un peu comme des oisillons que nous voudrions pousser hors du nid non pas pour qu’ils s’écrasent au sol, mais pour qu’ils puissent enfin déployer leurs ailes et sentir comme il est bon de pouvoir planer hors de leur refuge de paille qui ne les protège même pas du loup. Oui, c’est surtout par amour pour ces gens que nous agissons ainsi, que nous leur enlevons leurs béquilles pour qu’ils puissent se rendre compte que leur fracture est guérie depuis longtemps. Leurs muscles pourront enfin se renforcer et ils marcheront, eux aussi, comme nous, debout et fiers. Et pour qu’ils sachent se diriger (car c’est bien beau marcher mais il faut encore savoir dans quelle direction), nous leur avons préparé un bel itinéraire qui leur permettra de savoir ce qui est important dans leur nouvelle vie. Car il faudra s’assurer qu’ils ne remplacent pas leurs valeurs religieuses par d’autres encore plus répréhensibles. Voyez, tout a été prévu. Nous nous attendions certes à de la résistance, il est toujours un peu effrayant de sortir de l’esclavage. Mais lisez bien la plume trempée dans l’amour et l’humilité de notre chevalier Richard dans le Journal de Mtl et vous serez rassurés. C’est une question de strict bon sens et rien d’autre.

La charte de l'intolérance et de la xénophobie

La plupart du temps, je suis capable de respecter l'opinion contraire à la mienne lorsque les arguments offerts sont sérieux. Mais durant les 24 dernières heures, l'estime que j'avais pour le Québécois moyen a beaucoup souffert. À les écouter dans les tribunes téléphoniques, la majorité des personnes qui appuient le projet de charte du Parti québécois sont incapable d'offrir des arguments objectifs pour étayer leur position. Ils ne disent pas que l'État doit être neutre (l'argument du Parti québécois). Au contraire, la majorité des Québécois insiste pour que le crucifix demeure à l'Assemblée nationale et c'est pourquoi le Parti québécois n'ose pas l'enlever. Ce que monsieur et madame tout-le-monde dit pour justifier sa position est l'une des affirmations suivantes:

1) La religion devrait se pratiquer en privé;
2) Les musulmanes qui portent le foulard islamique les offensent parce qu'elles refusent de faire comme les Québécois.

Jamais il n'est question de la neutralité de l'État dans l'imaginaire populaire. Si le Parti québécois recueille l'appui de la majorité de la population, c'est en raison de l'intolérance et de la xénophobie d'un segment de la population. Cela m'inquiète. Les Québécois ne semblent pas croire à la liberté de religion (qui comporte le droit de manifester sa religion en public) et à la liberté tout court de s'habiller comme bon nous semble.

Au coeur du problème est la liberté de conscience. Une personne a-t-elle la liberté de penser ce qu'elle veut? La personne qui porte un signe religieux le fait parce qu'elle pense d'une certaine façon. En l'obligeant à enlever ce signe, on est en train de lui dire qu'elle devrait penser comme tout le monde. On lui enlève sa liberté.

Il y a évidemment des limites à toute liberté. Les musulmanes ne demandent pas d'avoir le droit de s'habiller n'importe comment, par exemple avec les seins à l'air (quoique cela soit permis en Ontario, semble-t-il). Mais ce qu'on leur demande de faire est justement comme si on leur demandait de se déshabiller. Pour elles, c'est en partie une question de modestie et d'un habillement décent.

Nous avons donc un gouvernement laïciste qui cherche à imposer son athéisme et un peuple complaisant qui, sans partager l'idéologie du Parti québécois, accepte ces dérives pour d'autres motifs par ailleurs répréhensibles.

jeudi 5 septembre 2013

Le paradoxe du crucifix à l'Assemblée nationale



Il s’agit pourtant d’un épisode célèbre…

 

Nous sommes en Judée, il y a un peu moins de 2000 ans… Comme la presque totalité des peuples du pourtour méditerranéen, les Juifs sont sous la tutelle de l’Empire. Comme à leur habitude, les Romains n’exercent pas une domination trop lourde. Habiles et pragmatiques, ils ne veulent pas que les peuples soumis aient envie de se révolter. Ils lèvent bien sûr des impôts (un empire ça se paie!), mais ils laissent aux gens beaucoup de libertés (religieuses entre autres) qui font en sorte que ceux-ci sont finalement assez contents d’être sous la domination de Rome.

 

Du moins, chez les peuples ordinaires. Mais on le sait bien (et les Romains le savaient bien aussi), les Juifs ne sont pas un peuple ordinaire. C’est un peuple fier avec une histoire glorieuse, et ils auront beau se faire offrir tous les accommodements raisonnables possibles, ils ne seront jamais heureux d’être sous la domination de qui que ce soit, fut-ce l’empire le plus puissant de l’histoire.

 

Cependant, se révolter contre Rome à cette époque, ce n’est pas exactement ce qu’on pourrait appeler une bonne idée. Aussi les mouvements séparatistes restent marginaux, même s’ils jouissent de la sympathie d’une majorité silencieuse. L’Empire est au sommet de sa puissance et il faudrait, pour arriver à s’en libérer, rien de moins que… le Messie lui-même…

 

Il faut alors s’imaginer à quoi il pourrait ressembler, question qu’on puisse le reconnaître des fois qu’il aurait envie de descendre… Depuis le temps qu’on l’attend…

 

Évidemment que Moïse reste la référence absolue quand on essaie de se figurer un sauveur, mais dans les circonstances un Josué serait des mieux venus. N’est-ce pas lui qui a pris la tête de l’armée israélite pour chasser du territoire les sept peuples qui l’occupaient? Et n’est-ce pas de cela qu’il s’agit maintenant : chasser du territoire un peuple qui l’occupe pour que les Israélites puissent en (re)prendre possession? 

 

Ça tombe bien, il y a justement un homme à ce moment qui semble parfaitement correspondre au profil recherché. Un homme qui semble avoir la sagesse et le charisme nécessaire et qui s’appelle… Josué! Nom qui signifie « Celui-qui-sauve ».

 

Ça semble trop beau pour être vrai, il faut aller y voir. À ce moment, des militants séparatistes (on les appelle des zélotes) suggèrent qu’on cesse de payer l’impôt à Rome, un peu comme des séparatistes québécois pourraient vouloir qu’on cesse de payer l’impôt au fédéral. Certains d’entre eux décident de présenter cette proposition à Josué pour voir comment il va réagir, question de savoir à quelle enseigne il loge. « Doit-on, oui ou non, payer l’impôt à Rome? » Comme c’est souvent le cas, Josué ne répond pas directement à la question. Il demande d’abord qu’on lui tende une pièce de monnaie. Puis il demande de qui est l’effigie sur la pièce. César? Eh bien « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. »(Marc 12)

 

Il est difficile aujourd’hui de mesurer ce que cette phrase pouvait avoir de révolutionnaire. J’ai même lu quelque part que c’est à ce moment que les Romains ont décidé de collaborer avec les autorités juives pour faire crucifier ce fauteur de trouble. Bien sûr, dans la phrase, César représente la politique et Dieu représente la religion. On parle donc de la phrase fondatrice de ce qu’on a appelé plus tard la laïcité. Séparer le politique du religieux! C’était une idée de fou furieux à l’époque. L’empereur était vénéré comme un dieu avec tout un apparat cultuel, et c’est pour avoir refusé une telle vénération qu’un nombre ahurissant de martyrs sont morts dans les arènes, bouffés par les lions ou écartelés, lors des premiers siècles du christianisme. Il en a fallu du sang pour que cette idée fasse son chemin dans les esprits et s’impose au point où elle semble aller de soi… (Dans les pays de traditions chrétiennes, s’entend… Dans les autres c'est plus difficile, l'actualité internationale est là pour en témoigner, c'est bien le moins qu'on puisse dire!)

 

Il en a fallu du sang… Et d’abord celui de l’homme qui se trouve sur ce crucifix que vous voulez enlever de l’Assemblée nationale au nom de… la laïcité. Car la phrase fondatrice de la laïcité, elle a été prononcée par cet homme qui ce trouve sur cette croix… C’est d’ailleurs en partie pour l’avoir prononcée qu’il s’y trouve… Cette phrase fondatrice de la laïcité… Au nom de laquelle vous voulez enlever cette croix… Etc. 

 

Il est étrange qu'aucun chroniqueur ou commentateur d'aucun de nos grands journaux ne relève ce drôle de paradoxe. J'en déduis qu'aucun d'entre eux n'a la culture nécessaire pour avoir quelque opinion valable que ce soit sur le sujet. Mon Dieu, jusques à quand les gérants d'estrades salariés pour guider l'opinion du peuple?

Le Québec radical

Lysianne Gagnon nous écrit ce matin dans La Presse un bon article où elle démonte que la France, qui a inventé la laïcité, entretient sans gêne des liens ouverts avec le catholicisme. La laïcité pure, explique-t-elle, n'est pas possible (ni souhaitable), puisqu'elle équivaut à vouloir faire table rase du passé pour créer l'homme nouveau.

L'homme nouveau ! C'est elle qui emploie cette expression, pas moi, et on ne doit pas s'étonner du parallèle avec le christianisme (cf. Jn 3:3, Eph 2:15), puisque l'auteur elle-même parle de cette "sacro-sainte laïcité" comme une "nouvelle religion". Mais pas n'importe quelle religion : c'est une pâle imitation du christianisme, l'homme qui tente d'atteindre l'inatteignable par ses propres forces (l'utopie athée) alors que le paradis lui est proposé par Celui qui a le moyen de l'offrir. Il n'est pas surprenant que de tels idolâtres s'attaquent à la véritable religion, comme les adorateus de Baal qui ont voulu éliminer tous les prophètes de Yahvé (1 Rois 18).

Il se trouve que le Québec, par une étrange ironie, est devenu plus impie que la France républicaine.  Il est passé de l'intégrisme catholique à l'intégrisme laïque en un clin d'œil. Les dogmes ont changé, mais la mentalité radicale est demeurée. Le Québec se compare à un enfant doué qui peut accomplir de grandes choses s'il demeure vertueux, mais pour qui n'importe quelle bassesse est possible s'il vire mal. Plus on tombe de haut (car l'Évangile est ce qu'il y a de plus sublime), plus on tombe bas.

lundi 26 août 2013

L'islam ou l'athéisme?

Il paraît qu'il y aura une sorte de rassemblement d'islamistes le 7 et 8 septembre au Palais des congrès de Montréal. Un bloggeur qui dit avoir entendu ces fous prêcher dans les années 1990 sur les rues d'Algérie "avec pour résultat plus de 200 000 morts et d'infinies souffrances" conclut ce qui suit:
Je m'élève de toutes mes forces contre le laxisme des autorités canadiennes et je fais totalement mienne la Charte des valeurs québécoises. Il faut de toute urgence évacuer le religieux de la sphère politique. 
Ces deux phrases sont très révélatrices. D'abord, on voit que la Charte des valeurs québécoises est beaucoup plus qu'une loi visant à interdire les symboles religieux ostentatoires chez les employés de l'État. Tout le monde comprend que le véritable objectif de cette charte sera d'interdire la religion en public. Un affront direct à la liberté de religion. Les commentateurs étrangers l'ont compris et ils s'indignent. Les Québécois l'ont compris et ils s'en réjouissent. Quelle honte.

Ensuite, je le dis souvent, la "religion" n'a rien de différent de n'importe quel autre système que j’appellerais un worldview.  Il y a des worldviews qui sont dangereux, d'autres qui sont pacifiques, et la plupart d'entre eux ont des problèmes de cohérence interne, y compris le worldview athée. L'athéisme (ou le laïcisme) a tout ce qu'il faut pour qualifier de fausse religion. Une religion non théiste qui forme des fanatiques et des intégristes, qui obscurcit l'esprit et divise les gens et qui méprise les autres qui n'ont pas les mêmes opinions. Étant donné que toute personne possède un worldview, une façon de régir sa vie fondée sur des préceptes acceptés comme vrais (des croyances), prétendre qu'il faut évacuer le religieux de la sphère politique (publique?) revient à dire qu'il faut arrêter de faire connaître ses opinions en public, à moins que l'on accepte la définition athée de "religion" et qu'on considère comme valides seulement les opinions de ceux qui professent le système athée.

En ce qui concerne l'islam, la personne qui est incapable de distinguer l'islam radical des autres formes de cette religion souffre d'une terrible myopie. À ce que je sache, ce n'est pas l'islam qui est responsable des quelques 49 à 78 millions de personnes tuées par Mao au nom d'une idéologie athée quasi-religieuse, ou les 20 à 50 millions tués par Staline pour promouvoir la Révolution. L'islam n'a pas les mains propres et le christianisme non plus, mais il serait ridicule de prétendre qu'ils sont plus dangereux que l'athéisme qu'on nous sert ad nauseam dans le Québec moderne.

La définition qui fait de la "religion" quelque chose de différent dans sa nature que n'importe quelle autre philosophie régissant la vie d'une personne est une définition clairement biaisée en faveur de l'athéisme. S'il faut évacuer la religion de la sphère publique, commençons par instituer un État réellement laïque qui ne prend pas position en faveur de l'athéisme et qui permet à toutes les religions ou philosophies de vie d'exister sur le même pied et à tout le monde de s'habiller comme ils le veulent.

jeudi 22 août 2013

La religion d'État

Notre gouvernement nous propose d'interdire à tous les employés de l'État de porter des symboles religieux. Ces symboles compromettent, dit-on, la neutralité de l'État. Or, dans ce dossier, l'État a clairement pris position contre toutes les religions, donc en faveur de l'athéisme.

Quand on se met sur le terrain de la conception que l'on a du monde, ce qu'on appelle le worldview, il n'y a rien qui distingue une religion de n'importe quelle autre philosophie. Même ceux qui prétendent n'avoir aucune religion ont un worldview, un système qui conditionne leur façon de traiter l'information qu'ils reçoivent, d'écarter certains éléments comme faux et d'intégrer d'autres comme vrais.

Le worldview athée prétend que les religions sont fausses. Or, certaines religions exigent que l'on porte des symboles. Donc, porter un turban, une kippa ou une croix est un affront au worldview athée. Celui qui porte ces symboles affirme ouvertement qu'il rejette le worldview athée. L'État totalitaire-en-devenir ne peut pas accepter cet affront. Il doit sévir.

Remarquons que celui qui porte la croix, contrairement aux symboles des autres religions, ne rejette pas les valeurs québécoises. Au contraire, je crois sincèrement que la majorité des Québécois n'ont rien contre leur héritage chrétien. Ce qu'il rejette, c'est le worldview athée que le Parti québécois voudrait codifier comme "valeur québécoise" même s'il n'en est rien.

Revenons à la neutralité. Je ne vois pas comment la neutralité de l'État est compromise par le fait qu'il a comme employés de nombreuses personnes qui affichent leur appartenance à de nombreuses religions qui n'ont strictement rien à voir avec les fonctions étatiques.

Pourquoi ne pas reprocher à l'État de permettre qu'un employé porte une casquette des Canadiens de Montréal et un autre employé porte un chandail des Nordiques, ce qui compromet la neutralité de l'État, évidemment, en matière d'allégeance sportive. On n'est pas certain quelle est l'allégence de l'État: est-il un fan des Habs ou des Bleus? Mais l'important est que l'État reste neutre, alors interdisons tous les logos sportifs. Après tout, on sait que l'État est très concerné par le sport professionnel, autant que par la religion, n'est-ce pas?

Cet état de faits est tout à fait contraire au principe de la laïcité. L'objectif de la laïcité est de permettre que toutes les croyances, philosophies et worldviews puissent coexister paisiblement. Ce que nous avons ici n'est pas la laïcité, mais l'équivalent d'une religion d'État, le laïcisme.

Asphyxie

C’est lorsqu’il en est venu à circonscrire le mal absolu dans une réalité tangible et facilement identifiable qu’un gouvernement se croit permis de passer des lois qui bafouent les droits les plus fondamentaux de ses citoyens. Il peut bien être conscient que le sacrifice exigé des gens est terrible, mais il se dit qu’en bout de ligne, ce sacrifice doit mener à une société totalement libérée du mal, projet pour lequel on ne doit tolérer absolument aucun obstacle.

C’est ce que l’histoire du XXe siècle aurait dû nous apprendre. Malheureusement j’ai l’impression que nous sommes en train de tomber dans un piège similaire… Je ne m’explique pas autrement le fait que nous nous apprêtons à faire ce que nous n’avons jamais fait dans notre histoire, il me semble : bafouer tout un article (le 18) de la Déclaration des droits de l’homme, qui garantit la liberté non pas uniquement de pratiquer une religion mais de pouvoir la manifester publiquement

Il faut que l’heure soit grave, aux yeux du gouvernement péquiste… Voyez-vous, on réfléchit depuis des millénaires sur la notion de bien et de mal. On a pensé pendant quelques siècles que le mal était d’abord en nous, idée qui persiste dans l’esprit de certaines personnes peu éduquées que vous me pardonnerez de citer : « Si ça sent la marde partout où tu vas, il y a des chances que… » Mais laissons ces grossièretés d’un autre âge… Jean-Jacques est venu et on sait maintenant que le mal est à l’extérieur… On ne s’entend seulement pas sur son identité exacte. 

On a pensé que c’est le Juif, on a pensé que c’est le Capital… De plus en plus de gens pensent que c’est la Religion, ce qui serait un peu problématique pour nous, Québécois… Malgré les efforts considérables déployés, l’histoire d’avant Expo67 n’a pas encore été totalement effacée de l’esprit des gens. Notre existence de Canadiens-français est si évidemment le fruit de l’activité religieuse que de dire que la religion ne fait que du mal revient à identifier le mal à notre réalité profonde. Il y a des limites à la haine de soi que nous refusons toujours de franchir, en attendant notre consentement prochain au suicide collectif.   

Non, nous ne sommes pas le mal, et le mal n’est pas la Religion avec un grand R, du moins pas encore… Non le mal, tenez-vous bien, le mal c’est l’Extrémisme religieux. Voilà bien quelque chose sur laquelle on s’entend, quelque chose qui fait consensus. Bien sûr, bafouer la Déclaration des droits de l’homme, c’est quelque chose de gros. Mais l’élimination de l’extrémisme religieux, vous imaginez!

Le problème c’est que le Québec comme peuple n’est pas seulement le fruit de l’activité religieuse mais aussi le fruit de… l’extrémisme religieux. Il n’y a qu’à lire les Relations des Jésuites pour s’en rendre compte. L’extrémisme religieux, ce n’est pas seulement des crétins qui mettent des bombes partout. Pour prendre un exemple récent, je dirais que Gilles Kègle est un extrémiste religieux. Passer 16h par jour, sept jours par semaine, à parcourir les lieux les plus crottés et malfamés d’une ville pour s’occuper des pauvres parmi les plus pauvres est une action qu’on pourrait qualifier d’extrême. Et c’est la religion qui lui a inspiré cette action, plus particulièrement le chapitre 25 de l’Évangile de saint Matthieu. 

Gilles Kègle est une figure connue. Mais à côté de lui, des centaines d’hommes et de femmes s’adonnent à une forme d’extrémisme religieux sans laquelle notre société ne serait pas ce qu’elle est. Vous comprenez bien ce dont je veux parler : une forme d’extrémisme positif… Mais on se dit que l’extrémisme négatif est tellement terrible qu’il convient de sacrifier l’autre forme d’extrémisme pour en être gardé à jamais. Je doute qu’on y parvienne. Cette charte ne va contribuer qu’attiser les passions, ça me semble clair. Car voyez-vous, il y a un principe de base, rien de bien transcendant, que nous avons un peu oublié. C’est que la possibilité du meilleur entraîne toujours la possibilité du pire. Or le réflexe qui consiste à vouloir sacrifier le meilleur pour être gardé du pire nous confine dans un entre-deux qui est pire que tout. Un entre-deux dans lequel notre société est en train de s’asphyxier.

mardi 20 août 2013

La liberté de religion

Il y a un développement dans le dossier de la "Charte des valeurs québécoises" (la Charia laïciste). Le Journal de Montréal nous révèle que le Parti québécois va adopter la ligne dure en interdisant tous les signes religieux pour les employés de l'État. Ce n'est pas vraiment une révélation, mais on est déçu quand même de ce parti qui prétend être le parti de tous les Québécois. Le philosophe Charles Taylor, qui a présidé à la commission Bouchard-Taylor, appelle cette proposition un "acte d'exclusion absolument terrible". Il ajoute: "C'est quelque chose qu'on s'attendrait à voir dans la Russie de Poutine".

Rappellons-nous que la Russie a récemment adopté une loi qui pénalise la "propagande homosexuelle". Les Québécois sont montés aux barricades pour condamner cette atteinte aux droits de l'homme. On parle même de boycotter les Jeux-Olympiques de Sotchi.

Mais tant qu'à parler de droits de l'homme, qu'en est-il de la liberté de religion?
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. (Déclaration universelle des droits de l'homme, art. 18)
Le Parti québécois propose de retirer le droit de manifester sa religion en public. Où sont les activistes des droits de l'homme? Pourquoi se taisent-ils?

La notion des droits de l'homme, qui provient du droit naturel, repose sur l'idée que l'homme possède, en raison de sa dignité inhérente, certains droits et libertés inaliénables. Ces droits existent indépendamment du bon vouloir de la majorité.

L'idéologie post-moderne, qui n'admet rien d'absolu, donne un sens positiviste au terme "droit de l'homme" qui lui permet de modifier à son gré les droits qui sont reconnus à un moment donné et à retirer d'autres, selon le bon gré de l'autorité en place. Il se trouve que l'on a ajouté l'orientation sexuelle comme l'un des droits et qu'on a retiré la liberté de religion. Cela rend totalement inutile la Déclaration universelle des droits de l'homme qui n'a donc plus rien d'universel. C'est un retour à l'époque où les seuls droits que l'on possède sont ceux que l'autorité en place veut bien nous reconnaître. Nos droits proviennent alors de l'État et non plus de notre dignité inhérente. Bref, nous revenons tranquillement à l'Allemagne hitlérienne, à la Russie staliniste, à la Chine maoiste.

Ce qui empire les choses, c'est que ce ne sont pas tant les minorités qui sont visées par cette mesure que le catholicisme. On essaye de faire passer la pilule en parlant de burqa et de kirpan, mais le véritable objectif est d'intensifier la campagne de réécriture de l'histoire du Québec pour effacer notre héritage catholique. Le Québécois moyen est peut-être choqué par l'image caricaturale d'un policier qui porte un turban, mais il n'a rien contre l'idée d'une religieuse qui travaille dans une hôpital et qui porte une croix au cou. Ce sont elles, après tout, qui ont fondé nos hopitaux et qui les ont cédés gratuitement à l'État. Les Québécois n'ont plus autant d'attachement au catholicisme qu'auparavant, mais ils se sentent encore à l'aise avec les symboles de notre religion historique. Le Parti québécois tente de changer cela en plaçant le catholicisme sur le même pied que les religions étrangères pour capitaliser sur un sentiment latent de xénophobie qui, avouons-le, a toujours fait partie de notre culture.

Si les Québécois croient vraiment aux droits de l'homme, ils se lèveront debout pour protéger la liberté de religion des étrangers qui vivent à l'intérieur de nos frontières. S'ils aiment leur culture et leur identité nationale, les Québécois se lèveront debout pour défendre leur héritage catholique.

Le temps est arrivé de montrer la porte à ce gouvernement minoritaire qui tente de nous imposer ses valeurs rétrogrades d'intolérance et de mépris envers les autres.

(À lire aussi: La Charia laïque s'en vient)

samedi 10 août 2013

La Charia laïque s'en vient

Le Parti québécois revient à la charge avec sa Charte de la laïcité qu'il appelle maintenant la "Charte des valeurs québécoises". Encore une fois, le PQ prend ses propres valeurs pour celles de tous les Québécois. Ne soyons pas dupes: cette manœuvre est tout à fait typique des péquistes dont l'unique objectif est de transformer l'identité canadienne-française à leur image. Depuis des décennies, ce parti qui incarne les idéaux de la révolution tranquille travaille sans relâche à dénaturer notre identité, qui se définit entre autres par son héritage catholique. Le PQ n'accorde aucune place à cet héritage et voudrait nous faire croire que notre identité repose sur uniquement sur la langue et sur la poutine.

La "laïcité" (comme le PQ comprend ce terme) n'a jamais été une valeur québécoise. La laïcité ou plus exactement le laïcisme consiste à marginaliser le plus possible tout ce qui est religieux, de l'évacuer de toutes les sphères de la vie. Ils vont vraiment plus loin que le principe de la séparation de l'Église et l'État. Prenons l'exemple des écoles privées qui ne reçoivent aucune subvention gouvernementale. Même ces écoles qui n'ont rien de public sont obligées, sous peine de fermeture forcée, d'enseigner uniquement le curriculum étatique, ce qui revient à leur interdire d'enseigner la religion.

Le PQ n'a pas pour objectif de protéger l'identité québécoise, mais de la modifier pour la rendre méconnaissable. Nous ne voulons pas d'une charte écrite par des fondamentalistes laïcistes visant à instaurer une charia laïque. Ce qu'il nous faut, c'est un équilibre où on accorderait une juste place à notre héritage catholique, où notre foi historique ne serait pas réduite au statut d'une religion parmi les autres, où elle ne serait pas systématiquement méprisée, ridiculisée et marginalisée par les autorités publiques.