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jeudi 6 février 2014

Le déni de l'Église

Nous autres Catholiques, nous avons l'habitude de défendre l'Église quand on lui reproche les scandales d'abus sexuels commis par des prêtres sur des mineurs. Nous disons que l'Église est composée d'hommes imparfaits, que cela ne change rien à sa nature divine, qu'il faut écouter le message sans se préoccuper de la dignité du messager.

Pour être bien honnête, j'ai de la difficulté avec cette vision. Je trouve que c’est entièrement incompatible avec l'Évangile de divorcer les croyances du comportement. Il est donc impossible pour l'Église de s'essuyer les mains et dire que les gestes de quelques (beaucoup!) de clercs ne portent pas atteinte à l’autorité de l'institution.

Les autorités ecclésiastiques continuent d'essayer de ramasser les pots cassés sans se demander comment l'Évangile exige que l'on fasse face à cette crise. On perçoit chez l'élite cléricale une attitude de fuite, de repli, de défense des acquis, comme si le problème était les médias qui les pourchassent et non le Mal qui les habite.

Le Comité des droits de l'enfant des Nations Unies a publié aujourd'hui un rapport où il critique sévèrement le Vatican et lui demande de déférer devant la justice tous les pédophiles au sein de l’Église.

On devrait s'attendre à quelle réponse de la part du Vatican? Moi, je m'attends à: "OUI, immédiatement, nous allons purger le mal de nos rangs. En plus, nous allons faire pénitence en réparation du mal commis. Nous allons renoncer à tout notre confort matériel et nos régimes de retraite, nous allons démissionner de nos postes pour que d'autres hommes plus dignes puissent les occuper, des hommes qui sauront éviter qu'une pareille chose se produise dans l'avenir, et nous passerons le reste de nos jours à implorer la divine miséricorde dans le sac et la cendre, enfermés dans le monastère le plus rude et le plus reculé." Ainsi, même ceux qui n'ont pas directement commis de crime et qui ont tout fait pour exposer les criminels dans leurs rangs devraient se sentir coupables par association, tellement les crimes reprochés sont graves et tellement les attentes sont élevées, comme le ministre d'un gouvernement qui démissionne pour la bévue commise par un subalterne de son ministère, pour la simple raison qu'elle a eu lieu sous sa gouverne.

Mais non, voici la réponse: Pour le Vatican, l'ONU "déforme" les faits. Nous voilà à la case de départ. Le Mal exerce toujours son influence.

Le christianisme nous apprend qu'il est mieux d'avouer sa faute même quand on n'est pas fautif, qu'il est mieux de payer même quand on n'est pas endetté, qu'il est mieux de se considérer le moins important même quand on a beaucoup d'importance. Qu'est-ce qu'on voit chez ces ecclésiastiques? Ils ne reconnaissent pas leur faute, même lorsqu'ils sont coupables de crimes abominables, rendus autant plus graves qu'ils étaient en position de confiance et censés être des modèles de sainteté. Ils font de leur mieux pour éviter à payer des compensations, alors qu'ils ont ruiné la vie de tant d'enfants innocents. Et à travers de tout cela, ils continuent de se prendre pour les représentants de Dieu sur terre.

Je ne peux pas remettre en question l'enseignement de l'Église qui ne peut pas se tromper en matière de foi et de moeurs. D'ailleurs, je m'étonne à constater que malgré la corruption dans les plus hauts rangs de l'Église, son enseignement demeure intacte, et c'est pour moi une preuve de l'indéfectibilité de l'Église. Mais je dois me rendre à l’évidence que certains ajustements à ma compréhension de la doctrine de l’indéfectibilité sont nécessaires.

Nous sommes arrivés à un point où nous devons prendre des décisions difficiles. Allons-nous nous écraser devant ces hommes corrompus pendant qu’ils font leur possible pour détruire l’Église? Allons-nous faire comme les Protestants et leur retirer toute l’autorité qu’ils détiennent légitimement? Je crois qu’il faut adopter une approche mitoyenne.

Notre-Seigneur lui-même a résumé l’attitude que nous devons avoir : « Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent; mais n'agissez pas selon leurs oeuvres. Car ils disent, et ne font pas. » (Mt 23.2)

L’ajustement à ma compréhension de la doctrine de l’indéfectibilité se trouve dans la suite du passage, où Notre-Seigneur nous dit : « Ils aiment à être salués dans les places publiques, et à être appelés par les hommes Rabbi, Rabbi. Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la terre votre père; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. Ne vous faites pas appeler directeurs; car un seul est votre Directeur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé. »

Ce que je comprends de ce passage, c’est que lorsque les hommes qui occupent légitimement les plus hautes dignités de l’Église (la chaire de Moïse) se mettent à déconner, nous devons nous rappeler que l’essence de leur autorité repose dans leur rôle de serviteur et que nous n’avons pas à leur reconnaître autre chose que ce privilège. Donc, lorsqu’ils se prennent pour autre chose que de pauvres pécheurs, qu’ils commettent les pires abominations et refusent de faire pénitence pour le mal commis, lorsqu’ils se défendent bec et ongle jusqu’à la fin, ils agissent dans les faits comme s’ils démissionnaient de leur poste de serviteur. Nous sommes alors justifiés de ne plus les écouter, du moins jusqu’à ce qu’ils reprennent leur sens.

Je ne suis pas théologien et je ne sais pas si ce que je viens d'écrire est orthodoxe. J'essaye juste d'ajuster ma vision de l'Église pour faire face à la dissonance causée par l'aberration que nous vivons. Si vous avez une meilleure approche, j’écoute.

samedi 7 septembre 2013

Le clergé progressiste, l'autre ennemi du christianisme

Dans Le Soleil du 4 septembre dernier, deux prêtes écrivent que l'on devrait enlever le crucifix du salon bleu parce que les lois ne  tiennent pas assez compte des pauvres, des jeunes, etc. Cherchez la logique. Le gauchisme clérical est donc l'une des voix qui appellent à la déchristianisation du Québec. Rien de nouveau à ce sujet... Ce sont eux qui ont applaudi le plus fort les artisans de la révolution tranquille.

Cette vieille garde ultra-libérale, qui réduit le christianisme à une sorte de marxisme religieux qui n'a rien à voir avec le christianisme historique, ne voit pas pourquoi le Québec s'attacherait à ce symbole pour des raisons culturelles. Le clergé n'avait-il pas réussi à évacuer le christianisme historique de la culture québécoise ? N'ont-ils pas réussi à transformer le christianisme en mouvement social dénué de toute transcendance ? Cela fait longtemps que la vérité n'est plus proclamée en chaire. On connait les platitudes impertinentes de ces prêtres dans leurs homélies insipides, qui ont fait plus de dégâts que n'importe quel gouvernement athée et toutes les chartes des valeurs du monde, rappellant aux Québécois à chaque  année, à la messe de Noël, que le christianisme n'a rien de pertinent à leur offrir.

Ce qui reste du clergé québécois n'a pas d'attachement à notre héritage chrétien. Ils font avec la société ce qu'ils ont réussi à faire avec l'église locale : la vider de la présence de Dieu.

Sur le blog d'un catho libéral, j'ai lu une interprétation complètement différente de cet article du Soleil. L'auteur voit ces deux prêtres comme des... (attache ta tuque) fondamentalistes ! Ils auraient refusé de donner à la culture sa juste place à l'intérieur du christianisme. Comme si le christianisme provenait de la culture et non de la Révélation. Selon lui, le fondamentalisme est de faire primer les enseignements d'une religion sur toute autre chose. Je ne vois pas comment un croyant peut être autre chose que fondamentaliste selon cette définition lorsqu'on regarde les enseignements du Christ, qui exigent rien de moins qu'une dévotion entière (Mc 12:30). Donc selon cette définition, ces deux prêres sont des fondamentalistes puisqu'ils font primer leur conception progressiste du christianisme sur la culture ambiante. Ils ont au moins compris que le christianisme transcende les cultures, contrairement à l'auteur du blog en question. Mais ils se sont trompés gravement sur le message du christianisme qui n'est pas de faire la révolution.

Le crucifix doit impérativement demeurer au salon bleu. Il en va de notre identité nationale. Même si la grande majorité des Québécois ne pratique plus le catholicisme, il continue de faire partie de notre identité et le christianisme demeure la vérité.

jeudi 5 septembre 2013

Le paradoxe du crucifix à l'Assemblée nationale



Il s’agit pourtant d’un épisode célèbre…

 

Nous sommes en Judée, il y a un peu moins de 2000 ans… Comme la presque totalité des peuples du pourtour méditerranéen, les Juifs sont sous la tutelle de l’Empire. Comme à leur habitude, les Romains n’exercent pas une domination trop lourde. Habiles et pragmatiques, ils ne veulent pas que les peuples soumis aient envie de se révolter. Ils lèvent bien sûr des impôts (un empire ça se paie!), mais ils laissent aux gens beaucoup de libertés (religieuses entre autres) qui font en sorte que ceux-ci sont finalement assez contents d’être sous la domination de Rome.

 

Du moins, chez les peuples ordinaires. Mais on le sait bien (et les Romains le savaient bien aussi), les Juifs ne sont pas un peuple ordinaire. C’est un peuple fier avec une histoire glorieuse, et ils auront beau se faire offrir tous les accommodements raisonnables possibles, ils ne seront jamais heureux d’être sous la domination de qui que ce soit, fut-ce l’empire le plus puissant de l’histoire.

 

Cependant, se révolter contre Rome à cette époque, ce n’est pas exactement ce qu’on pourrait appeler une bonne idée. Aussi les mouvements séparatistes restent marginaux, même s’ils jouissent de la sympathie d’une majorité silencieuse. L’Empire est au sommet de sa puissance et il faudrait, pour arriver à s’en libérer, rien de moins que… le Messie lui-même…

 

Il faut alors s’imaginer à quoi il pourrait ressembler, question qu’on puisse le reconnaître des fois qu’il aurait envie de descendre… Depuis le temps qu’on l’attend…

 

Évidemment que Moïse reste la référence absolue quand on essaie de se figurer un sauveur, mais dans les circonstances un Josué serait des mieux venus. N’est-ce pas lui qui a pris la tête de l’armée israélite pour chasser du territoire les sept peuples qui l’occupaient? Et n’est-ce pas de cela qu’il s’agit maintenant : chasser du territoire un peuple qui l’occupe pour que les Israélites puissent en (re)prendre possession? 

 

Ça tombe bien, il y a justement un homme à ce moment qui semble parfaitement correspondre au profil recherché. Un homme qui semble avoir la sagesse et le charisme nécessaire et qui s’appelle… Josué! Nom qui signifie « Celui-qui-sauve ».

 

Ça semble trop beau pour être vrai, il faut aller y voir. À ce moment, des militants séparatistes (on les appelle des zélotes) suggèrent qu’on cesse de payer l’impôt à Rome, un peu comme des séparatistes québécois pourraient vouloir qu’on cesse de payer l’impôt au fédéral. Certains d’entre eux décident de présenter cette proposition à Josué pour voir comment il va réagir, question de savoir à quelle enseigne il loge. « Doit-on, oui ou non, payer l’impôt à Rome? » Comme c’est souvent le cas, Josué ne répond pas directement à la question. Il demande d’abord qu’on lui tende une pièce de monnaie. Puis il demande de qui est l’effigie sur la pièce. César? Eh bien « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. »(Marc 12)

 

Il est difficile aujourd’hui de mesurer ce que cette phrase pouvait avoir de révolutionnaire. J’ai même lu quelque part que c’est à ce moment que les Romains ont décidé de collaborer avec les autorités juives pour faire crucifier ce fauteur de trouble. Bien sûr, dans la phrase, César représente la politique et Dieu représente la religion. On parle donc de la phrase fondatrice de ce qu’on a appelé plus tard la laïcité. Séparer le politique du religieux! C’était une idée de fou furieux à l’époque. L’empereur était vénéré comme un dieu avec tout un apparat cultuel, et c’est pour avoir refusé une telle vénération qu’un nombre ahurissant de martyrs sont morts dans les arènes, bouffés par les lions ou écartelés, lors des premiers siècles du christianisme. Il en a fallu du sang pour que cette idée fasse son chemin dans les esprits et s’impose au point où elle semble aller de soi… (Dans les pays de traditions chrétiennes, s’entend… Dans les autres c'est plus difficile, l'actualité internationale est là pour en témoigner, c'est bien le moins qu'on puisse dire!)

 

Il en a fallu du sang… Et d’abord celui de l’homme qui se trouve sur ce crucifix que vous voulez enlever de l’Assemblée nationale au nom de… la laïcité. Car la phrase fondatrice de la laïcité, elle a été prononcée par cet homme qui ce trouve sur cette croix… C’est d’ailleurs en partie pour l’avoir prononcée qu’il s’y trouve… Cette phrase fondatrice de la laïcité… Au nom de laquelle vous voulez enlever cette croix… Etc. 

 

Il est étrange qu'aucun chroniqueur ou commentateur d'aucun de nos grands journaux ne relève ce drôle de paradoxe. J'en déduis qu'aucun d'entre eux n'a la culture nécessaire pour avoir quelque opinion valable que ce soit sur le sujet. Mon Dieu, jusques à quand les gérants d'estrades salariés pour guider l'opinion du peuple?

mardi 3 septembre 2013

L'ambivalence des Québécois envers l'Église

Deux fois dans une semaine je lis un article sur le Huffington Post avec lequel je suis d'accord. L'auteur explique pourquoi les Canadiens-français n'ont jamais épousé le pluralisme religieux.

Ce qui est particulièrement intéressant est la relation ambivalente qu'entretenait notre peuple avec l'Église. La liberté religieuse signifiait dans ce contexte être libre de l'emprise étouffante d'une église envahissante et surtout très hypocrite.

Cette hypocrisie est la cause du scepticisme envers l'Église où germait la graine de la révolution tranquille. Ce n'est pas pour rien que le peuple le pratiquant au monde a cessé du jour au lendemain d'aller à la messe. Cette hypocrisie subsiste à ce jour dans ce qui reste de l'Église québécoise qui dans le fond est toujours la même vieille entreprise infestée de ces catholiques "professionnels" décriés in 2010 par l'ancien pape.

Est-il surprenant qu'un peuple aussi astucieux que le nôtre ait pu flairer l'odeur de l'hypocrisie ? Pourquoi s'étonner si les Québécois ne se précipitent pas à la messe aujourd'hui ? Bref, si le catholicisme est visé par ce projet de charte, nous avons l'église québécoise à remercier en partie.

Mais il faut faire une distinction majeure qui repose sur l'identité de l'auteur de cette charte. Le Parti québécois n'a pas pour seul objectif de "reconnaître" les valeurs québécoises. C'est aussi un outil de persuasion pour tenter de convaincre, ou du moins consolider cette idée que les valeurs du peuple Québécois sont celles de la gauche athée et féministe. C'est cette idéologie anti-catholique qui cherche à dresser le peuple contre le christianisme alors qu'il se méfiait jusqu'alors de l'église institutionnelle seulement.

Si cette stratégie réussit, toutes les réformes de l'Eglise ne suffiront pas à ramener les Québécois à la vérité de l'Évangile, qui demeure la vérité malgré l'hypocrisie des messagers (Mt 23:1-12).

lundi 26 août 2013

L'originalité du christianisme

J’en étais à parler avec la mère d’une de mes amies qui est une fervente du nouvel âge et du « toutes les religions sont pareilles en réalité » et elle a voulu que nous abordions le thème de cette fameuse charte de la laïcité. Pour elle, qui a l’opinion, il me semble, de 75% des québécois d’aujourd’hui et qui a élevé ses enfants de façon laïque, il ne fait aucun doute qu’empêcher les femmes de porter le voile soit une absurdité. Il est aussi évident pour elle que la prière lors du conseil municipal soit une absurdité. Il y a un désir de liberté d’un côté, et de l’autre, il ne faut pas trop faire exprès pour déranger.

La difficulté, c’est que ce n’est pas vrai que les religions sont toutes pareilles. Si je puis me permettre de rappeler, dans un premier temps, que toutes les religions qui ne relèvent pas du monothéisme (à savoir les cultes grecs, l’hindouisme, le bouddhisme et toutes les formes de panthéisme que les colons ont pu trouver en arrivant sur ce qu’ils appelaient de nouvelles terres) considèrent que l’être humain n’est pas un être particulier dans la nature, mais qu’il est plutôt partie intégrante de celle-ci. Qu’est-ce à dire? Qu’il faut prendre bien garde d’élever l’être humain au-dessus de ce qui l’entoure. On voit la montée du végétarisme, ce n’est pas qu’une question de bien s’alimenter en essayant de s’éloigner des produits chimiques et de la production industrielle (et je dois avouer que je prône quand même le végétarisme dans le contexte industriel actuel qui ne concède aucune forme de respect pour l’animal et la nature), mais c’est surtout fondé sur une donnée spirituelle forte qui est celle de former un tout. L’homme, dans ce type de spiritualité, est une goutte appelée à se fondre dans l’océan. Plus il réussit à se fondre dans l’océan, plus il atteint la sérénité. Cet océan, c’est ce qu’il y a de véritable en-deça du visible. Les disciples de Bouddha sont, par exemple, appelés comme lui à se détacher du monde, suite au constat de toutes les agitations et des souffrances qui s’y trouvent, pour atteindre ce qu’il a nommé le nirvana (extinction). Quand Bouddha a constaté que le monde était souffrance, il a cherché le moyen de s’en extraire.

Dans un deuxième temps, je voudrais souligner l’originalité du christianisme, et plus précisément celle de la mystique chrétienne. Chez tous les partisans des religions ci-haut nommées, le désir foncier est celui de s’extirper du monde visible afin d’atteindre la véritable réalité. Même son de cloche au niveau des Grecs, que ce soit dès l’origine (avec le monde des Idées de Platon) ou encore avec le néoplatonisme (notamment Plotin) qui préconise une fuite du « seul vers le Seul ». Avec Jésus, quelque chose de scandaleux se passe (on ne mesure pas aujourd’hui, tellement nous sommes pétris de christianisme, à quel point il est horrible de penser, pour un Juif, que Dieu s’incarne, c’est-à-dire qu’il devienne chair, fini, limité) : Dieu, qui est toutes possibilités, hors de toutes catégories, devient chair, et non seulement devient-il chair, mais Il nous encourage à manger son corps et à boire son sang. Mais qu’est-ce que cela? Il n’y a rien comme ça auparavant. Cette cène n’est pas seulement importante, elle est cruciale, elle est centrale, elle est le cœur du christianisme. D’un coup, la matière, jusqu’alors vécue comme un badtrip consensuel acquiert une importance insoupçonnée : la matière va désormais servir le culte, non pas seulement par symbolisme ou par offrande (je pense aux cultes judaïques), mais comme une présence réelle de Dieu, réitérée à chaque occasion. Il ne s’agit plus, pour le mystique, de quitter le monde matériel pour atteindre Dieu, il lui faut maintenant apprendre à vivre avec la matière, la prendre comme ce qu’elle est c’est-à-dire un instrument de déification.

Enfin, les religions ne sont pareilles que pour ceux qui n’en pratiquent aucune de façon fervente. Les religions ont toutes leur magnificence, mais il ne faut pas charrier. Il y a peu de mouvements d’aide aux pauvres chez les hindous pour la simple et bonne raison qu’il y a des castes et que certaines difficultés font parties du fatalisme qui est propre à leur worldview. Notre religion fondatrice, c’est le catholicisme. Rappelons-nous en et réjouissons-nous plutôt que d’en pleurer.

dimanche 25 août 2013

Comment préserver notre héritage religieux

L'historien Gilles Laporte a publié aujourd'hui un texte remarquable sur la nécessité de préserver notre patrimoine religieux. Après avoir applaudi le Parti québécois pour sa tentative de codifier nos "valeurs" collectives, il écrit ce paragraphe étonnant:
Affirmer le caractère laïque de l'État tout en préservant le patrimoine religieux est absolument nécessaire, mais cela ne va pas de soi. Si intégrer les nouveaux arrivants aux valeurs et à la culture de la majorité passe par la valorisation de notre culture, il est ironique qu'une bonne part de cette dernière soit issue de notre passé catholique. Or, si ces distinctions sont nouvelles pour le grand public, il y a longtemps que le milieu patrimonial et muséal les a démystifiées, si bien que distinguer l'expression de signes religieux de la préservation du patrimoine religieux repose tout compte fait sur des règles simples sur lesquelles s'appuyer.
Ce qui est étonnant, c'est qu'il admet ouvertement ce que les autres évitent soigneusement de dire: notre culture est en grande partie catholique.

L'auteur se demande ensuite comment accorder à notre "passé catholique" une place appropriée sans compromettre la sacro-sainte laïcité. Il propose une approche muséologique: préserver les éléments matériels tels que les églises, les cimetières et les chemins de croix, ainsi que les aspects folkloriques tels que les traditions orales et les pratiques religieuses, j'imagine en les enregistrant et en constituant une base de données.

Parler de faire des musées, de cataloguer, de préserver des spécimens, c'est constater la mort de la chose en question, c'est constater qu'il n'a pas été possible de la préserver. Essayez de faire passer cette approche chez les autochtones. "Oui, votre culture est merveilleuse, mais elle est morte, donc il faut la cataloguer et la mettre sous verre pour la préserver." Ou essayez cela avec les Canadiens-français en voie d'assimilation dans les autres provinces. "C'est pas grave, on ne peut pas éviter l'inévitable, laissez-vous aller... on va cataloguer et préserver des spécimens, enregistrer les histoires des personnes âgées et on arrivera à "préserver" votre culture."

C'est l'attitude d'une personne qui n'attache pas de valeur réelle à la culture en question, dont l'approche est purement sociologique et désintéressée. Ou pire encore, c'est l'attitude d'une personne qui, en suggérant que l'on déplace le crucifix du salon bleu de l'Assemblée nationale, préfère que cet aspect de notre culture soit bien isolé, mis en cage, pour éviter qu'il ne fasse d'autres dégâts.

Avant d'aller plus loin, je voudrais faire remarquer à monsieur Laporte que le catholicisme au Québec n'est pas encore mort. Pour le préserver en tant que chose vivante, il faut d'abord que l'on reconnaisse sa valeur et qu'on veuille le préserver en tant que chose vivante. Cela n'exige pas que le Québec adopte le catholicisme comme religion d'État et qu'on se mette à convertir la population de force. Il suffit de cesser l'oppression systématique des institutions religieuses, en commençant par les écoles catholiques. Le curriculum exclusif et obligatoire du ministère de l'Éducation interdit que l'on enseigne la religion aux élèves, même dans les écoles privées. Redonnez aux Catholiques le droit d'exister et ils feront le reste d'eux-mêmes. Redonnez-leur le droit à des écoles vraiment catholiques et le catholicisme prendra, par sa vertu propre, la place qui lui revient. L'histoire le démontre et les laïcistes le savent très bien. Le christianisme, dans les conditions idéales, se propage comme un feu de brousse. Le Québec actuel en quête de sens et désorienté dans son identité nationale constitue les conditions idéales pour l'évangélisation.

Il n'est même pas nécessaire d'accorder un traitement privilégié au catholicisme. Mais pourquoi ne pas lui accorder un traitement privilégié en tant que religion historique de la majorité, pour des raisons culturelles? Cela se fait dans d'autres pays sans que l'on remette en question le principe de la laïcité.

On peut ne pas être croyant tout en reconnaissant les vertus du catholicisme. Même dans le cas contraire, on n'a pas le droit d'opprimer ce système religieux en lui enlevant le droit d'exister, surtout lorsqu'il s'agit de notre religion historique et patrimoniale. Précipiter le déclin du catholicisme au Québec pour ensuite le "préserver" dans un musée est l'équivalent de tirer sur le dernier tigre blanc pour empailler sa carcasse.

samedi 24 août 2013

Antipoison: l'arnaque de l'utopie athée

Un collaborateur a accepté d'afficher un livre qu'il a écrit en 2008 mais qui dort depuis ce temps sur son disque dur. Le livre s'intitule Antipoison: l'arnaque de l'utopie athée. Il s'agit d'une lecture suivie de Pour en finir avec Dieu de Richard Dawkins (The God Delusion) et du Traité d'athéologie de Michel Onfray. Le tout se termine avec une correspondance à sens unique avec le chroniqueur Richard Martineau qui s'est tenue pendant quelques semaines, en 2007.

Voici un extrait de l'introduction (les mots en italiques sont des extraits du livre de Richard Dawkins):
« Imaginez, avec John Lennon, un monde sans religion... Pas de bombes suicides, pas de 11 Septembre, pas de Croisades, pas de chasses aux sorcières, pas de Conspiration des poudres, pas de partition de l’Inde, pas de guerres israélo-palestiniennes, pas de massacres de musulmans serbo-croates, pas de persécution de juifs, pas de "troubles" en Irlande du Nord, pas de "crimes d’honneur", pas de télévangélistes au brushing avantageux et au costume tape-à-l’œil. »
Imaginez avec John Lennon... Non rien de tout ce qu’il vient d’imaginer parce que rien du tout : l’humanité éteinte par ennui et dégoût de vivre. On jurerait l’argumentaire d’un futur D.I.C. du Meilleur des mondes qui prônerait l’application du système qu’Aldous Huxley décrit génialement, non pas comme un idéal paradisiaque, mais comme un cauchemar, comme la forme idéale du totalitarisme à venir. Dawkins comme Onfray sont des prophètes de ce système futur. Ils attendent son avènement avec la même ferveur que les prophètes de l’Ancien Testament attendaient le Messie. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin dans la description du meilleur des mondes de Dawkins : « Imaginez... » (Oh! il sait sur qui s’appuyer, notre beau Richard, pour s’attirer la sympathie du lectorat qu’il vise. Imaginez, John Lennon! Est-ce que quelqu’un
ici va oser s’attaquer à John Lennon?) « Imaginez, pas de talibans pour dynamiter des statues anciennes, pas de décapitations publiques des blasphémateurs, pas de femmes flagellées pour avoir montré une infime partie de peau... » C’est tellement beau qu’on se sent poussé à compléter son énumération pour donner un tableau plus général de cet Empyrée uchronique : « Imaginez, pas d’hôpitaux, les pauvres et les malades qui crèvent sur le bord du chemin sans que personne ne s’arrête; la loi du plus fort appliquée systématiquement et donc l’humanité débarrassée de ses membres les plus déficients; imaginez un monde sans Sixtine, sans les messes de Bach et de Beethoven, sans les Cathédrales, ces verrues qui nous cachent le paysage; imaginez Québec, un simple poste de traite devenu un immense La Baie pour approvisionner les Européens en cochonneries. Un monde sans université, sans théâtre... Un monde où nous ne serions plus scandalisées de voir des femmes se faire flageller parce que cette pratique seraient tellement la norme qu’elle ne serait pas plus choquante que celle d’un chien qui mord un facteur. » Le rôle de l’Église dans la mise en application d’institutions aussi banales que l’Université, l’Hôpital et le Théâtre moderne n’est plus à démontrer. J’insiste sur les deux premiers: l’Université et l’Hôpital... Difficile d’imaginer comment pourrait vivre les biologistes et les généticiens sans ces institutions... Et donc on pourrait dire : « Imaginez, pas de Richard Dawkins! » Quoi que bien sûr, un individu de ce type aurait trouvé une autre façon de tout salir, tout comme les hommes auraient trouvé d’autres prétextes que la religion pour s’entretuer, ainsi que l’illustre un demi-siècle de goulags, de maoïsme, et de khmers.

Car on verra bien que c’est ce qu’il est d’abord, notre Richard : un petit salisseur animé d’un orgueil colossal qui transparaît dès les premières lignes de l’introduction.
« J’ai idée – enfin je suis sûr – qu’il se trouve autour de nous une multitude de gens qui ont été élevés dans une religion ou dans une autre qui ne les rend pas heureux, à laquelle ils ne croient pas, ou qui les préoccupe pour tout le mal qui est fait en son nom; des gens qui ont vaguement envie de quitter la religion de leurs parents et qui aimeraient pouvoir le faire, mais qui tout simplement ne se rendent pas compte que c’est possible. »
Si Dawkins avait écrit ces mots dans le Québec d’il y a cent ans, on aurait pu applaudir. Mais, allô! on est en 2008, mon Richard, ce qui fait qu’à part pour les gens pris dans des sectes (mais pour Dawkins le relativiste, il n’y a pas de différence entre sectes et religions), il est assez facile aujourd’hui pour un jeune de dire basta! à la religion de ses parents. C’est même le contraire, aujourd’hui, qui est étonnant : lorsque le jeune décide d’embrasser la foi de ses géniteurs, consciemment, volontairement... Je connais peu de gens qui, à vingt ans, sont encore catholiques uniquement parce que leurs parents le sont. Pas que je ne connaisse pas d’enfants de catholiques qui aient décidé de le demeurer. Dans de tels cas, ce qui s’est passé, c’est quelque chose que Dawkins ne semble pas concevoir : c’est que la religion en question a été bien montrée par les parents. Ils n’ont pas été catholiques uniquement parce que leurs parents l’étaient eux-mêmes sans trop savoir pourquoi. Car alors, il est presque sûr que des enfants d’aujourd’hui vont lâcher. Pourquoi? Parce que les pressions extérieures, du moins ici, au Québec, sont largement antireligieuses. Entrez dans une classe du secondaire et dites : aujourd’hui nous allons parler de la Bible et écoutez la rumeur qui va suivre. Dawkins parle comme si la réaction devait consister en un concert d’applaudissements. Il s’adresserait alors à l’étudiant plus lucide que les autres qui serait fâché devant une telle perspective mais qui n’oserait pas parler de peur de se faire excommunier. En tant que prof, je peux vous dire que c’est exactement le contraire qui est vrai. L’étudiant qui a envie de se faire parler d’Abraham est mieux de ne pas en faire part s’il ne veut pas se faire ridiculiser jusqu’à la fin de son secondaire.

Dawkins a réussi son coup puisqu’il a vendu deux millions d’exemplaire du livre que je m’apprête à décortiquer. Il vient d’arriver en traduction et je lui prévois un succès monstre ici, au Québec. On sait à quel point les Québécois aiment se faire dire qu’ils sont courageux... Qu’ils sont uniques... Qu’ils sont marginaux... Pour reprendre une métaphore musicale, le public de Dawkins me fait penser à une foule qui assisterait à un show soi-disant underground au Stade Olympique... « Quoi, je pensais être le seul à connaître ce groupe à Montréal! » Non, à bien y penser il ne se dirait pas ça... Non, il serait là, au Stade, avec 60 000 personnes autour de lui, et il continuerait de croire qu’il est au premier show que Nirvana a donné aux Fouf en 93 devant une cinquantaine de spectateurs. Courage! leur dirait Dawkins! Vous n’êtes plus seuls. Quoi! vous avez besoin d’un télévangéliste inversé pour prendre conscience de ça? 

vendredi 16 août 2013

Vivre jusqu'à 123 ans

La culture de la mort s'exprime de plusieurs façons. Voici les résultats d'un sondage sur le site web de La Presse:
68% des personnes sondées ne veulent pas vivre jusqu'à 123 ans

De tous les âges, chez tous les peuples, vivre le plus vieux possible était l'un des objectifs de toute personne saine d'esprit. Quel animal à part l'homme ne cherche pas à vivre le plus longtemps possible? Notre instinct de survie a-t-il été totalement éclipsé par la culture de la mort? Depuis que nos concitoyens sont perdus dans le cosmos, sans but dans leur vie, l'objectif de vivre le plus vieux possible et d'avoir de nombreux enfants est devenu parfaitement impertinent. Il semblerait que le nihilisme postmoderne ait réussi à convaincre la plus grande part de nos compatriotes de la futilité de notre existence.
Le nihilisme (du latin nihil, « rien ») est un point de vue philosophique d'après lequel le monde (et plus particulièrement l'existence humaine) est dénué de tout sens, de tout but, de toute vérité compréhensible ou encore de toutes valeurs. 
La souffrance est une chose intolérable pour la personne qui ne sait pas vers quel but elle avance. Pourtant, la souffrance fait partie de la vie, il faut s'y faire, sinon renoncer à vivre ou du moins renoncer à être heureux. Comme il n'y a pas de sens à la vie, celle-ci n'a pas de valeur intrinsèque. La volonté de vivre est alors conditionnelle à la qualité de vie, un terme totalement subjectif.

C'est une terrible tragédie qu'une personne ne veuille pas vivre, quelle que soit la qualité de sa vie. Pour la plupart des gens, tout se joue entre les deux oreilles. Il existe des quadriplégiques qui sont contents de vivre, même s'ils doivent se faire laver et changer leur couche durant toute leur vie, mais une personne ordinaire songe immédiatement à l'euthanasie face à cette perspective. Nous avons été conditionnés par le matérialisme pour voir l'homme comme n'ayant pas de valeur en soi. Ce n'est plus un drame de voir quelqu'un s'éteindre, on le voit comme une libération d'une vie opprimante, sans aucun but, sans aucun sens.

Le christianisme est l'antithèse de cette philosophie mortifère. En plus de clarifier les objectifs qui nous sont donnés par le créateur (vivre le plus vieux possible, avoir le plus grand nombre d'enfants possible, etc.), le christianisme nous donne le plus haut sens de la vie: acquérir la vie éternelle.

dimanche 11 août 2013

Le bonheur

C'est quelque chose à la fois d'amusant et de désolant de voir un enfant tenter d'accomplir une tâche trop compliquée pour lui. "J'suis capable!" dit mon garçon de 2 ans, en voulant mettre ses chaussures sans avoir compris qu'il faut d'abord détacher les velcros. Vous me trouverez condescendant si je vous dis que je me sentais de la même façon en lisant ce texte où il est question de mesurer le bonheur d'une population, sans jamais parvenir à définir ce qu'est le bonheur. Donc, je ne dirais pas que j'ai trouvé le texte amusant; seulement désolant.

Même si le bonheur est l'une de ces grandes questions philosophiques sur laquelle les savants ne se sont jamais entendus, le concept n'est pas quelque chose de difficile à saisir. "J'aime les paysans, dit Montesquieu, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers". Demandez à un paysan ce qu'est le bonheur. Il vous répondra peut-être que ce sont les enfants qui connaissent le secret du bonheur.

Un autre paysan nous donne la réponse suivante: "Heureux les pauvres en esprit." Il ajoute: "si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux." Voilà donc la réponse du plus sage et plus humble des hommes. Dans cette réponse, on s'aperçoit que le bonheur est assimilé à ce concept du "royaume des cieux", qui est simplement le règne de Dieu dans la vie d'une personne.

Quand il est question de bonheur, je ne suis vraiment pas mieux que mon garçon de 2 ans. Il m'a fallu quelqu'un pour me montrer. La recette du bonheur nous est donnée dans le Sermon sur la Montagne, que l'on peut lire aux chapitres 56 et 7 de l'Évangile de Matthieu.

samedi 10 août 2013

Perdus dans le cosmos

Je suis tombé sur un texte remarquable d'une femme qui explique pourquoi elle n'est pas pressée d'avoir des enfants, même si elle est mariée. Son raisonnement est limpide et je la comprends parfaitement. Elle explique qu'on passe des années à nous convaincre qu'avoir des enfants va ruiner notre vie, que c'est une trop grosse responsabilité, qu'on perdra notre liberté, que c'est trop coûteux, etc. Est-il étonnant que même une femme dans la trentaine soit récalcitrante?

Pour vouloir tomber enceinte, une femme doit sentir que tous les éléments de base sont en place afin de pouvoir bien s'occuper de ses enfants. D'abord, il faut qu'elle ait un mari, mais pas n'importe quel jambon québécois. Il lui faut un mari qui est résolu à rester avec elle pour le meilleur et pour le pire. Déjà on écarte 90% des [NDLR: un bon nombre d'] hommes québécois. Depuis la disparition du mariage, il n'y a plus aucune notion d'union permanente. Si une femme est assez téméraire pour vouloir un enfant, elle doit assumer le risque que le gars s'en aille quelques années plus tard. Même lorsqu'ils sont mariés, c'est simple comme bonjour de se divorcer.

Ensuite il faut que l'homme soit prêt à se sacrifier. Oui, le sacrifice n'est pas à la mode aujourd'hui, mais c'est ce qu'il faut pour réussir sa vie. Combien d'hommes québécois sont prêts à renoncer à leurs chums, à leurs bebelles, à leur vie de jeune adulte, et à travailler comme un déchaîné pour permettre à sa femme de rester à la maison pour s'occuper des enfants comme beaucoup de femmes voudraient faire, si seulement elles en avaient les moyens? [NDLR: Certains de] nos hommes québécois sont des PISSOUS, incapables de donner ce qu'il faut pour accomplir quelque chose dans la vie qui vaut vraiment la peine.

Au sujet de l'argent, c'est vrai que même avec un mari qui travaille fort, la famille aura moins d'argent qu'avec deux salaires. Mais où est le problème? C'est encore du conditionnement. On nous bourre le crâne avec l'idée qu'il faut posséder certains objets pour être heureux, qu'il faut pouvoir voyager, qu'il faut un plan de retraite... ce sont de simples mensonges. Ces choses n'ont aucune incidence sur le bonheur.

On perd le nord, après toutes ces années de lavage de cerveau. On a de la difficulté à mettre de l'ordre dans nos priorités. Pour un être humain normal, il n'est pas nécessaire d'avoir à le convaincre de se reproduire. Cela vient tout naturellement, comme faire l'amour avec son époux. C'est une chose grave que certaines personnes deviennent à ce point déboussolées qu'elles ne voient plus pourquoi elles devraient se marier, pourquoi elles devraient avoir des enfants, pourquoi elles devraient avoir un but dans leur vie.

Il y a quand même beaucoup de gens qui semblent s'être donnés un but dans la vie. Pour certains c'est d'accumuler de l'argent, de la gloire et du pouvoir. Pour d'autres, c'est de profiter au maximum des plaisirs de la vie: sports, voyages, sexe, faire la fête, etc. Pour d'autres encore, il n'y a pas de but, elles existent uniquement pour exister. Toutes ces personnes ont en commun le fait qu'elles ne savent pas d'où elles viennent ni où elles vont. Elles sont perdues dans le cosmos.

Je crois que ce phénomène des personnes perdues est récent dans l'histoire de l'humanité. Dans pratiquement toutes les cultures de toutes les époques, la personne moyenne savait pourquoi elle vivait, elle comprenait quel était son objectif. Habituellement là-dedans on retrouve l'idée de laisser sa marque sur les générations futures, en commençant par ses propres enfants.

Demandez à n'importe quel de nos ancêtres: Pourquoi Dieu vous a-t-il créé? il vous répondra sans hésiter: Dieu m'a créé pour le connaître, l'aimer et le servir en ce monde, et pour être heureux avec lui dans le ciel pendant l'éternitéDoit-on s'étonner du fait que nous avons perdu notre raison d'exister dès le moment où nous avons renié notre créateur?

Miettes

Pourquoi Chanoine Groove? Parce que ça sonne bien, non? Mais encore?



J’ai terminé mon dernier article (sur le chapelet) en citant saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2,20) Si le Christ ne vit pas en nous, nous ne pouvons faire, dire ou penser rien de bon. Même qu’on ne peut rien faire du tout, si on en croit l’Évangile de Jean (15,5). Ça semble un peu exagéré, il y a plusieurs non-chrétiens qui ont fait de bien bonnes choses… Gandhi n’est pas un bon exemple puisqu’il dit lui-même avoir fondé son action sur le Sermon sur la montagne. Mais des philosophes, Platon et Aristote en tête, ou des sages d’Extrême-Orient comme Confucius ou Bouddha ont certes fait et dit des choses bonnes et significatives. Bien sûr, mais lorsque c’était le cas, c’était Christ qui agissait ou parlait en eux. 

La Vérité (Christ lui-même dans Jean 13,33) s’est retrouvée partiellement dans tous les systèmes philosophiques et religieux qui ont eu suffisamment de solidité pour que des bribes puissent s’être rendues jusqu’à nous.

Les exemples pullulent, et font dire aux sceptiques que le christianisme n’est qu’une vaste entreprise de récupération. On connaît l’argument : il y a la Vierge-Mère en Égypte, il y a le dieu Hadad qui meurt et renaît trois jours plus tard, il y a Orphée qui revient des enfers, il y a une triade en Mésopotamie, Madeleine est une version d’Aphrodite, la Passion s’inspire de l’Apologie de Socrate… et le Christianisme n’est qu’un gros melting pot de tout cela. Cette hypothèse suppose, de la part de ces gens qui auraient forgé le christianisme de toutes pièces, une culture philosophico-religieuse tellement vaste et profonde qu’elle donne le vertige. D’avoir réussi à mettre tous ces éléments ensemble pour faire un tout assez cohérent pour qu’il tienne encore aujourd’hui, et assez simple pour que ma grand-mère soit capable d’y trouver son compte, relèverait d’un prodige unique dans l’histoire de la pensée humaine. Ce qui est beaucoup plus probable (je pèse mes mots), c’est que les religions et philosophies païennes précédentes avaient toutes une partie de la Vérité qui s’est exprimée dans son entièreté lorsque cette Vérité même s’est incarnée. S’en est suivi l’Évangile, qui est l’expression écrite de cette Vérité, accessible et adaptable à tous, selon toutes les conditions, de l’illettré au post-docteur en philosophie.

Du coup, j’éprouve une étrange émotion de percevoir cette Vérité dans une tragédie grecque ou dans une cosmologie aztèque, comme une éclaircie dans des ténèbres d’erreurs. Car s’il n’y a que de l’erreur, l’humanité ne survit pas. C’est pourquoi il faut que la Vérité soit présente, même de façon restreinte, si on veut que les Mayas, par exemple, puissent former une civilisation assez durable pour qu’on puisse aujourd’hui la connaître un tant soit peu. Car si la Vérité c’est la Vie (toujours Jean 13,33), alors le mensonge c’est la mort. Saint Paul ne parle pas d’une Vérité qui serait inexistante mais d’une Vérité qui serait « tenue captive » (Romains 1,18). Elle est donc bien là, séquestrée dans des systèmes qu’elle soutient et qui s’écrouleraient sans elle, mais où elle ne peut s’exprimer dans sa pleine mesure parce qu’elle doit ménager l’erreur qui lui est accolée.

S’il en est ainsi des systèmes philosophiques et des cosmologies antiques, il en va de même de toutes les disciplines, même les plus modernes. D’ailleurs, dans le passage que je viens de citer, saint Paul semble incriminer les scientifiques de son époque, capables, eux, de percevoir l’incroyable harmonie du monde mais refusant de faire le pas évident qui doit logiquement suivre et qui consiste à admettre simplement l’évidence inéluctable d’une intelligence ayant permis cette harmonie. Cet argument, qui présume de la mauvaise foi de toute personne se disant athée ou même agnostique, est toujours valable aujourd’hui. La physique quantique, la sélection naturelle et les dernières découvertes de la cosmologie la plus poussée n’y changent absolument rien, et c’est bien « tenir la vérité captive » que de laisser supposer le contraire.

Il en va de la science et de la philosophie comme de tout ce que la vie compte d’enthousiasmant. (D’ailleurs le mot enthousiasme signifie étymologiquement dieu-dedans.) Le rock par exemple. Je ne suis pas Edgard Fruitier mais je suis aussi mélomane que l’on puisse l’être dans cette branche de la musique en général (testez-moi pour voir…) Je peux également dire que je fais partie de ceux dont parle Lou Reed dans le dernier vrai album du Velvet Underground et dont la vie a été sauvée par le rock’n’roll. Je sais, ça fait très racoleur et je m’en excuse. Mais j’ai eu une formation philosophico-religieuse assez frugale, et comme je disais tout à l’heure, il faut un peu de Vérité pour que l’homme puisse vivre. Certains semblent avoir une constitution solide qui leur permet de se priver pendant de longues périodes sans mourir. Ce n’était pas mon cas. Mon anémie m’était insupportable et j’ai plusieurs fois voulu en finir pour cette raison.

Il a fallu que je trouve une façon de m’alimenter et cherchant à travers la poussière et les détritus les miettes de pain tombés de la table des maîtres et que les petits chiens n’avaient pas encore flairés. Je n’avais pas le choix. Car le catholicisme, tel que me l’enseignaient les agents de pastorale et les profs d’enseignement religieux du Québec des années 80 et 90, ça ne pouvait pas être une option. C’est bien beau avoir faim mais un gars a quand même sa fierté! Ou était-ce de l’orgueil? Peut-être que ce n’était pas aussi mal que je me l’imagine dans mon souvenir. Difficile à dire, c’est un mystère que je ne suis pas sûr de parvenir à élucider un jour. Je ne pense pas que ces gens disaient des conneries et ils étaient de bonne foi. Mais ils avaient une façon de ne pas me rejoindre qu’il leur aurait été très difficile d’obtenir s’ils avaient consciemment voulu qu’il en soit ainsi. J’étais pourtant un adolescent tout ce qu’il y a de plus ordinaire, ni trop nerd ni trop rebelle, comme il y en avait plein dans le Québec de l’époque…

Bref, le résultat a été que la Vérité pour laquelle je languissais devait bien exister mais qu’elle pouvait se trouver n’importe où sauf là. Oui, là! Où elle est en réalité, dans toute sa plénitude…

J’ai donc cherché partout ailleurs et j’ai trouvé de belles pépites à des endroits que je n’aurais jamais soupçonnés. À travers beaucoup de bouffe à cochons, cela va sans dire… Un de ces endroits a été le rock. Ça été le point de départ d'un long, long cheminement.

vendredi 2 août 2013

L'hypocrisie dans l'Église

Je me demandais si cet article dans l'édition française du Huffington Post valait la peine d'être commentée, tellement je le trouve farfelu, mais c'est l'occasion de traiter un autre sujet plus important. L'article parle d'un historien, John Boswell, qui affirme que l'Église catholique aurait déjà marié des homosexuels. Le titre seul me dit que ça ne vaut pas la peine, c'est une proie trop facile. Ça me rappelle ceux qui font remarquer qu'il a déjà eu des papes avec des maîtresses: et alors? Je concède sans la moindre bataille que l'Église a des problèmes sous-jacents d'hypocrisie. Même si l'article était fondé dans les faits (et l'auteur de l'article a bien démontré que c'est est loin d'être acquis), cela n'aurait pas d'incidence sur ce que l'Église enseigne, car sa doctrine demeure fondée dans la révélation divine malgré les agissements contradictoires de certains membres du clergé.

Paradoxalement, ce ne sont pas les voix progressistes dans l'Église, tels que les curés Gravel, qui font remarquer ce décalage entre la théorie et la pratique. Eux, ils prétendent que la révélation divine n'existe pas vraiment, ou si elle existe on peut la modifier pour qu'elle se conforme à la pratique. Ainsi, il serait possible, selon eux, de changer les positions officielles de l'Église sur l'homosexualité, l'avortement, etc., pour les ramener au niveau de la moralité ambiante. 

L'historien qui prétend que l'Église aurait marié des homosexuels appartient sans doute à cette première catégorie de gens, c'est-à-dire ceux qui ne voient rien de divin dans ce que l'Église enseigne. Comme ce sont des enseignements humains, on peut les changer. La preuve est que l'Église aurait déjà accepté de faire ce changement dans le passé. 

De l'autre côté, vous avez les arriérés comme moi qui affirmons que la révélation divine existe et nous ne pouvons pas la changer, puisqu'elle provient de Dieu. Dès le moment où l'on s'identifie au christianisme, on s'identifie à cette révélation. Si notre vie n'y est pas conforme, on est hypocrite. Sur ce point, je ne tente pas de défendre l'Église. Elle est bourrée de gens qui prétendent être des Catholiques mais qui font le contraire de ce que l'Église enseigne. C'est quand on accepte de regarder la réalité en face qu'on peut commencer à régler les problèmes, en commençant par le scandale de la pédophilie.

Les vrais complices de l'hypocrisie sont les progressistes qui refusent d'admettre cette hypocrisie. Les gens qui agissent de la sorte pensent qu'ils ne font rien de mal. Comment peut-on reprocher à un prêtre d'avoir des pulsions sexuelles? Ce n'est pas de sa faute, disent-ils, s'il doit évoluer dans un contexte où l'on réprime ses besoins animaux irrépressibles. 

Ce n'est pas un hasard si les évêques qui ont protégé les prêtres pédophiles sont pratiquement tous des ultra-progressistes comme le Cardinal Mahoney. Ces évêques ne croient pas que ce qu'ils ont fait est mal en soi parce qu'ils ne croient pas à la révélation divine. Ce qui fait d'eux des hypocrites, c'est qu'ils continuent à s'identifier au catholicisme malgré leur incroyance. 

Que des membres du clergé aient déjà "marié" des homosexuels est peu probable, mais ce n'est pas impossible. Si on cherche assez longtemps, on trouvera probablement un prêtre qui sera prêt à marier un homme et son chien. C'est que l'Église est composé de beaucoup de prêtres hypocrites. Mais cela ne change rien à la vérité de ce que l'Église a toujours enseigné et continuera d'enseigner dans l'avenir.

mardi 30 juillet 2013

Cette vieille église rétrograde

Beaucoup de personnes sont remplies d'espoir face à un pape qui pourrait, enfin, leur donner ce qu'ils veulent. Partout je vois des titres racoleurs : Le pape François ne juge pas les homosexuels; Remariage des divorcés : le Pape veut faire évoluer la position de l'Église; le Pape demande aux jeunes de secouer l'Église, etc.

On entrevoit la possibilité d'obtenir quelque chose. Mais que veut-on, au juste?

D'un souffle, on se permet de donner la recette qui réglera tous les problèmes de l'Église : ordination des femmes, mariage des prêtres, l'acceptation de l'avortement, etc. Si l'Église ne répond plus aux attentes des gens, dit-on, c'est qu'elle n'est plus en ligne avec leurs valeurs et aspirations.

De l'autre souffle, on dit que la religion est une superstition rétrograde fondée sur des mythes, que l'Église catholique est un dinosaure qui doit accepter son sort, que la religion n'a plus sa place dans un monde moderne.

Quand on met les deux affirmations côte-à-côte, on voit que ce qu'on demande de l'Église catholique, c'est de cesser d'être religieuse. Les positions controversées de l'Église sont fondées dans ce qu'elle croit être une révélation divine. Il est normal que ceux qui ne croient pas à la révélation divine n'acceptent pas ces croyances. Donc, ce qu'on voudrait, c'est que l'Église se rallie à cette incroyance et qu'elle abandonne cette idée farfelue de révélation divine.

Manifestement, si l'Église ne répond plus aux attentes, c'est que les gens ne croient plus au christianisme que l'Église a pour unique mission de communiquer. Alors pourquoi s'ingérer dans les affaires internes de l'Église comme si elles les concernaient? Qu'ils assument leur incrédulité, qu'ils se bornent à dire que la révélation n'existe pas et que le christianisme est faux.

Le problème fondamental de l'Église n'est pas qu'elle n'a pas suivi la modernité, c'est que la modernité a abandonné le christianisme. L'Église ne peut jamais être autre chose que chrétienne. Or on voudrait que l'Église abandonne le christianisme, ce qui revient à dire qu'elle devrait se suicider.

Ces personnes qui sont remplies d'espoir à voire un pape qui pourrait enfin leur donner ce qu'elles veulent seront déçues si elles pensent que le pape va initier le suicide de l'Église.

dimanche 28 juillet 2013

Idolâtrie polypanthéiste

« Le bon pape François a mis en garde les jeunes du JMJ de Rio contre l’idolâtrie. Le crime par excellence de l’Ancien Testament, bien pire que le vol, le viol, le meurtre. En fait on comprend que presque tous les vices sont des conséquences de  l’idolâtrie. Pour ma part, je définirais la chose ainsi : idolâtrer, c’est s’arrêter en chemin.  Dans la passion fougueuse de la jeunesse, on est prêt à tout donner, jusqu’à sa vie, pour une cause, et on trouve ça beau. Mais lorsque cette cause est un bien matériel, une fortune, une carrière, il y a un déséquilibre malsain…  C’est avoir une bien piètre vision de la nature humaine que de penser qu’on vit pour ces platitudes que la société nous propose comme absolus.

Allons-y donc avec quelque chose plus élevé : l’art et la science. Nietzsche, Schopenhauer et les romantiques allemands ont défendu l’idée de l’art comme moyen d’atteindre l’absolu… On vit avec les contrecoups de cette vision qui nous fait voir Jimi Hendrix, Kurt Cobain ou Amy Winehouse comme des martyrs, tandis qu’ils ne seraient que de misérables junkies s’ils avaient été autre chose que des chanteurs. Même chose pour les autres arts. La figure de Nelly Arcand me vient en tête. Une idole est un faux dieu. Et un faux dieu exige des sacrifices humains. C’est quelque chose qui n’a pas changé depuis l’Antiquité, même si ça peut paraître moins évident. Les faux dieux veulent mort d’homme, et c’est ainsi qu’il est possible de les démasquer, de distinguer une passion saine de l’idolâtrie. Tout suicide cache un faux dieu qui a eu besoin de la vie de la victime qui s’est elle-même immolée.

Soit on se sacrifie soi-même, comme dans les exemples mentionnés ci-haut, soit on en sacrifie d’autres. Je ne nommerai pas les faux dieux qui ont besoin de réduire des populations entières à l’esclavage pour fonctionner. Bon d’accord, il s’agit du capitalisme globalisé des sweatshops. À l’opposé, le dieu-communiste a eu besoin de 100 millions de morts pour se sustenter pendant 75 ans. Et il semblerait bien que le dieu de certaines branches que je veux croire corrompues de l’Islam soit particulièrement friand de la chair d’infidèles déchiquetée par les bombes.

Mais je suis sur le terrain économico-politique et j’ai dit que je parlerais d’art et de science.

Tous les chemins mènent à Rome signifie que si on s’engage assez avant sur une voie, on va déboucher sur l’Église une et apostolique. C’est ce que nombre de romantiques Allemands ont expérimenté. Si on ne s’y rend pas, c’est qu’on s’est arrêté en chemin et telle est l’idolâtrie. On peut trouver beau de vouloir mourir pour une cause, mais il n’y a qu’une seule Cause. Le reste est conséquence. Idolâtrer, c’est prendre la conséquence pour la cause. La créature pour le Créateur. Il y a des degrés. À l’étage inférieur, on va idolâtrer une créature sortie de mains d’hommes (une figurine, une voiture ou un système économique), ce qui est d’une vulgarité innommable. Juste au-dessus, on va prendre une créature de Dieu pour Dieu même : un homme, le soleil, Mother Earth, ou encore, comme dans le cas de Richard Dawkins, une loi de la nature. Quelques dérives eugénistes au XXe siècle nous ont laissé entrevoir de quels types de victimes ce mécanisme-de-fonctionnement-fait-dieu pourrait avoir besoin d’ingérer pour pouvoir prétendre se maintenir au niveau du divin.

La science et l’art sont parmi les activités les plus nobles auxquelles l’homme puisse s’adonner en ce qu’elles pointent vers un chemin qui les transcende. Mais l’homme occidental ne veut pas s’engager sur ce chemin. Telle est pourtant l’utilité fondamentale de l’activité dans laquelle il s’engage corps et âme et au-dessus de laquelle il place toute autre activité. S’il ne l’assume pas, il est idolâtre.

Dans le cas de la science, cette idolâtrie a donné lieu à une première dans l’histoire humaine. Devant l’impossibilité manifeste qu’un tel niveau d’organisation soit le fruit du hasard, l’astronome idolâtre a décrété (en sachant bien qu’il n’aurait jamais aucun moyen de le vérifier) qu’il existait une infinité d’univers ayant tous des lois de fonctionnement différentes. Ainsi est apparu, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le poly-panthéisme. Drôle d’époque, indeed. »