samedi 24 août 2013

Antipoison: l'arnaque de l'utopie athée

Un collaborateur a accepté d'afficher un livre qu'il a écrit en 2008 mais qui dort depuis ce temps sur son disque dur. Le livre s'intitule Antipoison: l'arnaque de l'utopie athée. Il s'agit d'une lecture suivie de Pour en finir avec Dieu de Richard Dawkins (The God Delusion) et du Traité d'athéologie de Michel Onfray. Le tout se termine avec une correspondance à sens unique avec le chroniqueur Richard Martineau qui s'est tenue pendant quelques semaines, en 2007.

Voici un extrait de l'introduction (les mots en italiques sont des extraits du livre de Richard Dawkins):
« Imaginez, avec John Lennon, un monde sans religion... Pas de bombes suicides, pas de 11 Septembre, pas de Croisades, pas de chasses aux sorcières, pas de Conspiration des poudres, pas de partition de l’Inde, pas de guerres israélo-palestiniennes, pas de massacres de musulmans serbo-croates, pas de persécution de juifs, pas de "troubles" en Irlande du Nord, pas de "crimes d’honneur", pas de télévangélistes au brushing avantageux et au costume tape-à-l’œil. »
Imaginez avec John Lennon... Non rien de tout ce qu’il vient d’imaginer parce que rien du tout : l’humanité éteinte par ennui et dégoût de vivre. On jurerait l’argumentaire d’un futur D.I.C. du Meilleur des mondes qui prônerait l’application du système qu’Aldous Huxley décrit génialement, non pas comme un idéal paradisiaque, mais comme un cauchemar, comme la forme idéale du totalitarisme à venir. Dawkins comme Onfray sont des prophètes de ce système futur. Ils attendent son avènement avec la même ferveur que les prophètes de l’Ancien Testament attendaient le Messie. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin dans la description du meilleur des mondes de Dawkins : « Imaginez... » (Oh! il sait sur qui s’appuyer, notre beau Richard, pour s’attirer la sympathie du lectorat qu’il vise. Imaginez, John Lennon! Est-ce que quelqu’un
ici va oser s’attaquer à John Lennon?) « Imaginez, pas de talibans pour dynamiter des statues anciennes, pas de décapitations publiques des blasphémateurs, pas de femmes flagellées pour avoir montré une infime partie de peau... » C’est tellement beau qu’on se sent poussé à compléter son énumération pour donner un tableau plus général de cet Empyrée uchronique : « Imaginez, pas d’hôpitaux, les pauvres et les malades qui crèvent sur le bord du chemin sans que personne ne s’arrête; la loi du plus fort appliquée systématiquement et donc l’humanité débarrassée de ses membres les plus déficients; imaginez un monde sans Sixtine, sans les messes de Bach et de Beethoven, sans les Cathédrales, ces verrues qui nous cachent le paysage; imaginez Québec, un simple poste de traite devenu un immense La Baie pour approvisionner les Européens en cochonneries. Un monde sans université, sans théâtre... Un monde où nous ne serions plus scandalisées de voir des femmes se faire flageller parce que cette pratique seraient tellement la norme qu’elle ne serait pas plus choquante que celle d’un chien qui mord un facteur. » Le rôle de l’Église dans la mise en application d’institutions aussi banales que l’Université, l’Hôpital et le Théâtre moderne n’est plus à démontrer. J’insiste sur les deux premiers: l’Université et l’Hôpital... Difficile d’imaginer comment pourrait vivre les biologistes et les généticiens sans ces institutions... Et donc on pourrait dire : « Imaginez, pas de Richard Dawkins! » Quoi que bien sûr, un individu de ce type aurait trouvé une autre façon de tout salir, tout comme les hommes auraient trouvé d’autres prétextes que la religion pour s’entretuer, ainsi que l’illustre un demi-siècle de goulags, de maoïsme, et de khmers.

Car on verra bien que c’est ce qu’il est d’abord, notre Richard : un petit salisseur animé d’un orgueil colossal qui transparaît dès les premières lignes de l’introduction.
« J’ai idée – enfin je suis sûr – qu’il se trouve autour de nous une multitude de gens qui ont été élevés dans une religion ou dans une autre qui ne les rend pas heureux, à laquelle ils ne croient pas, ou qui les préoccupe pour tout le mal qui est fait en son nom; des gens qui ont vaguement envie de quitter la religion de leurs parents et qui aimeraient pouvoir le faire, mais qui tout simplement ne se rendent pas compte que c’est possible. »
Si Dawkins avait écrit ces mots dans le Québec d’il y a cent ans, on aurait pu applaudir. Mais, allô! on est en 2008, mon Richard, ce qui fait qu’à part pour les gens pris dans des sectes (mais pour Dawkins le relativiste, il n’y a pas de différence entre sectes et religions), il est assez facile aujourd’hui pour un jeune de dire basta! à la religion de ses parents. C’est même le contraire, aujourd’hui, qui est étonnant : lorsque le jeune décide d’embrasser la foi de ses géniteurs, consciemment, volontairement... Je connais peu de gens qui, à vingt ans, sont encore catholiques uniquement parce que leurs parents le sont. Pas que je ne connaisse pas d’enfants de catholiques qui aient décidé de le demeurer. Dans de tels cas, ce qui s’est passé, c’est quelque chose que Dawkins ne semble pas concevoir : c’est que la religion en question a été bien montrée par les parents. Ils n’ont pas été catholiques uniquement parce que leurs parents l’étaient eux-mêmes sans trop savoir pourquoi. Car alors, il est presque sûr que des enfants d’aujourd’hui vont lâcher. Pourquoi? Parce que les pressions extérieures, du moins ici, au Québec, sont largement antireligieuses. Entrez dans une classe du secondaire et dites : aujourd’hui nous allons parler de la Bible et écoutez la rumeur qui va suivre. Dawkins parle comme si la réaction devait consister en un concert d’applaudissements. Il s’adresserait alors à l’étudiant plus lucide que les autres qui serait fâché devant une telle perspective mais qui n’oserait pas parler de peur de se faire excommunier. En tant que prof, je peux vous dire que c’est exactement le contraire qui est vrai. L’étudiant qui a envie de se faire parler d’Abraham est mieux de ne pas en faire part s’il ne veut pas se faire ridiculiser jusqu’à la fin de son secondaire.

Dawkins a réussi son coup puisqu’il a vendu deux millions d’exemplaire du livre que je m’apprête à décortiquer. Il vient d’arriver en traduction et je lui prévois un succès monstre ici, au Québec. On sait à quel point les Québécois aiment se faire dire qu’ils sont courageux... Qu’ils sont uniques... Qu’ils sont marginaux... Pour reprendre une métaphore musicale, le public de Dawkins me fait penser à une foule qui assisterait à un show soi-disant underground au Stade Olympique... « Quoi, je pensais être le seul à connaître ce groupe à Montréal! » Non, à bien y penser il ne se dirait pas ça... Non, il serait là, au Stade, avec 60 000 personnes autour de lui, et il continuerait de croire qu’il est au premier show que Nirvana a donné aux Fouf en 93 devant une cinquantaine de spectateurs. Courage! leur dirait Dawkins! Vous n’êtes plus seuls. Quoi! vous avez besoin d’un télévangéliste inversé pour prendre conscience de ça? 

jeudi 22 août 2013

La religion d'État

Notre gouvernement nous propose d'interdire à tous les employés de l'État de porter des symboles religieux. Ces symboles compromettent, dit-on, la neutralité de l'État. Or, dans ce dossier, l'État a clairement pris position contre toutes les religions, donc en faveur de l'athéisme.

Quand on se met sur le terrain de la conception que l'on a du monde, ce qu'on appelle le worldview, il n'y a rien qui distingue une religion de n'importe quelle autre philosophie. Même ceux qui prétendent n'avoir aucune religion ont un worldview, un système qui conditionne leur façon de traiter l'information qu'ils reçoivent, d'écarter certains éléments comme faux et d'intégrer d'autres comme vrais.

Le worldview athée prétend que les religions sont fausses. Or, certaines religions exigent que l'on porte des symboles. Donc, porter un turban, une kippa ou une croix est un affront au worldview athée. Celui qui porte ces symboles affirme ouvertement qu'il rejette le worldview athée. L'État totalitaire-en-devenir ne peut pas accepter cet affront. Il doit sévir.

Remarquons que celui qui porte la croix, contrairement aux symboles des autres religions, ne rejette pas les valeurs québécoises. Au contraire, je crois sincèrement que la majorité des Québécois n'ont rien contre leur héritage chrétien. Ce qu'il rejette, c'est le worldview athée que le Parti québécois voudrait codifier comme "valeur québécoise" même s'il n'en est rien.

Revenons à la neutralité. Je ne vois pas comment la neutralité de l'État est compromise par le fait qu'il a comme employés de nombreuses personnes qui affichent leur appartenance à de nombreuses religions qui n'ont strictement rien à voir avec les fonctions étatiques.

Pourquoi ne pas reprocher à l'État de permettre qu'un employé porte une casquette des Canadiens de Montréal et un autre employé porte un chandail des Nordiques, ce qui compromet la neutralité de l'État, évidemment, en matière d'allégeance sportive. On n'est pas certain quelle est l'allégence de l'État: est-il un fan des Habs ou des Bleus? Mais l'important est que l'État reste neutre, alors interdisons tous les logos sportifs. Après tout, on sait que l'État est très concerné par le sport professionnel, autant que par la religion, n'est-ce pas?

Cet état de faits est tout à fait contraire au principe de la laïcité. L'objectif de la laïcité est de permettre que toutes les croyances, philosophies et worldviews puissent coexister paisiblement. Ce que nous avons ici n'est pas la laïcité, mais l'équivalent d'une religion d'État, le laïcisme.

Asphyxie

C’est lorsqu’il en est venu à circonscrire le mal absolu dans une réalité tangible et facilement identifiable qu’un gouvernement se croit permis de passer des lois qui bafouent les droits les plus fondamentaux de ses citoyens. Il peut bien être conscient que le sacrifice exigé des gens est terrible, mais il se dit qu’en bout de ligne, ce sacrifice doit mener à une société totalement libérée du mal, projet pour lequel on ne doit tolérer absolument aucun obstacle.

C’est ce que l’histoire du XXe siècle aurait dû nous apprendre. Malheureusement j’ai l’impression que nous sommes en train de tomber dans un piège similaire… Je ne m’explique pas autrement le fait que nous nous apprêtons à faire ce que nous n’avons jamais fait dans notre histoire, il me semble : bafouer tout un article (le 18) de la Déclaration des droits de l’homme, qui garantit la liberté non pas uniquement de pratiquer une religion mais de pouvoir la manifester publiquement

Il faut que l’heure soit grave, aux yeux du gouvernement péquiste… Voyez-vous, on réfléchit depuis des millénaires sur la notion de bien et de mal. On a pensé pendant quelques siècles que le mal était d’abord en nous, idée qui persiste dans l’esprit de certaines personnes peu éduquées que vous me pardonnerez de citer : « Si ça sent la marde partout où tu vas, il y a des chances que… » Mais laissons ces grossièretés d’un autre âge… Jean-Jacques est venu et on sait maintenant que le mal est à l’extérieur… On ne s’entend seulement pas sur son identité exacte. 

On a pensé que c’est le Juif, on a pensé que c’est le Capital… De plus en plus de gens pensent que c’est la Religion, ce qui serait un peu problématique pour nous, Québécois… Malgré les efforts considérables déployés, l’histoire d’avant Expo67 n’a pas encore été totalement effacée de l’esprit des gens. Notre existence de Canadiens-français est si évidemment le fruit de l’activité religieuse que de dire que la religion ne fait que du mal revient à identifier le mal à notre réalité profonde. Il y a des limites à la haine de soi que nous refusons toujours de franchir, en attendant notre consentement prochain au suicide collectif.   

Non, nous ne sommes pas le mal, et le mal n’est pas la Religion avec un grand R, du moins pas encore… Non le mal, tenez-vous bien, le mal c’est l’Extrémisme religieux. Voilà bien quelque chose sur laquelle on s’entend, quelque chose qui fait consensus. Bien sûr, bafouer la Déclaration des droits de l’homme, c’est quelque chose de gros. Mais l’élimination de l’extrémisme religieux, vous imaginez!

Le problème c’est que le Québec comme peuple n’est pas seulement le fruit de l’activité religieuse mais aussi le fruit de… l’extrémisme religieux. Il n’y a qu’à lire les Relations des Jésuites pour s’en rendre compte. L’extrémisme religieux, ce n’est pas seulement des crétins qui mettent des bombes partout. Pour prendre un exemple récent, je dirais que Gilles Kègle est un extrémiste religieux. Passer 16h par jour, sept jours par semaine, à parcourir les lieux les plus crottés et malfamés d’une ville pour s’occuper des pauvres parmi les plus pauvres est une action qu’on pourrait qualifier d’extrême. Et c’est la religion qui lui a inspiré cette action, plus particulièrement le chapitre 25 de l’Évangile de saint Matthieu. 

Gilles Kègle est une figure connue. Mais à côté de lui, des centaines d’hommes et de femmes s’adonnent à une forme d’extrémisme religieux sans laquelle notre société ne serait pas ce qu’elle est. Vous comprenez bien ce dont je veux parler : une forme d’extrémisme positif… Mais on se dit que l’extrémisme négatif est tellement terrible qu’il convient de sacrifier l’autre forme d’extrémisme pour en être gardé à jamais. Je doute qu’on y parvienne. Cette charte ne va contribuer qu’attiser les passions, ça me semble clair. Car voyez-vous, il y a un principe de base, rien de bien transcendant, que nous avons un peu oublié. C’est que la possibilité du meilleur entraîne toujours la possibilité du pire. Or le réflexe qui consiste à vouloir sacrifier le meilleur pour être gardé du pire nous confine dans un entre-deux qui est pire que tout. Un entre-deux dans lequel notre société est en train de s’asphyxier.

mercredi 21 août 2013

Exagération

Possible que nous nous soyons aliénés nos derniers lecteurs avec l’article admirable de mon collègue Daniel (Liberté de religion)… Le rapprochement du Québec à venir avec la Russie de Staline et l’Allemagne d’Hitler est une grossière hyperbole, n’est-ce pas? Nous voilà déchirés! D’une part, chacun éprouve un plaisir raffiné à pouvoir dire : « Je l’avais bien dit! » De l’autre, on espère évidemment se tromper et que le Québec dans lequel grandiront nos enfants et petits-enfants n’ait rien à voir avec l’un des deux ou trois grands totalitarismes du XXe siècle. Dans ce dernier cas, nous serrons abondamment rassasiés du sarcasme des satisfaits et des intelligents de ce monde qui pourront nous reprocher ce crime terrible, dans une société du nivellement, qui consiste à exagérer. Une des définitions de ce terme que propose le Petit Robert est celle-ci : « Grossir, accentuer en donnant un caractère (taille, proportion, intensité, etc.) qui dépasse la normale » C’est aussi ce que fait un microscope, ce qui est bien utile pour observer les bactéries qui pourraient contribuer à la contamination ou au pourrissement d’un organisme ou d’une société. Quoi qu’il en soit, même si l’on ne vit pas d’ici trois ou quatre générations ce que la Russie ou la Chine ont vécu, on ne pourra pas dire que Daniel s’est fourvoyé. « Encore quarante jours et Ninive sera détruite! », crie Jonas en traversant la ville (3, 4). Est-ce qu’il exagère? Non car c’est bien ce qui attend Ninive s’il ne se passe rien. Les gens se repentent et la ville est épargnée. C’est justement cette perspective qui horrifiait le prophète et qui l’avait amené à désobéir. Pourquoi? Parce qu’il passe alors pour un moron. N’avait-il pas dit que Ninive serait détruite? Elle ne l’est pas… Non parce qu’il s’était trompé mais parce qu’il a dit les mots « exagérés » pour lesquels il peut maintenant être raillé. Merci Daniel d’avoir osé jouer ce rôle parmi les plus importants et les plus ingrats que l’on puisse imaginer.

mardi 20 août 2013

La liberté de religion

Il y a un développement dans le dossier de la "Charte des valeurs québécoises" (la Charia laïciste). Le Journal de Montréal nous révèle que le Parti québécois va adopter la ligne dure en interdisant tous les signes religieux pour les employés de l'État. Ce n'est pas vraiment une révélation, mais on est déçu quand même de ce parti qui prétend être le parti de tous les Québécois. Le philosophe Charles Taylor, qui a présidé à la commission Bouchard-Taylor, appelle cette proposition un "acte d'exclusion absolument terrible". Il ajoute: "C'est quelque chose qu'on s'attendrait à voir dans la Russie de Poutine".

Rappellons-nous que la Russie a récemment adopté une loi qui pénalise la "propagande homosexuelle". Les Québécois sont montés aux barricades pour condamner cette atteinte aux droits de l'homme. On parle même de boycotter les Jeux-Olympiques de Sotchi.

Mais tant qu'à parler de droits de l'homme, qu'en est-il de la liberté de religion?
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. (Déclaration universelle des droits de l'homme, art. 18)
Le Parti québécois propose de retirer le droit de manifester sa religion en public. Où sont les activistes des droits de l'homme? Pourquoi se taisent-ils?

La notion des droits de l'homme, qui provient du droit naturel, repose sur l'idée que l'homme possède, en raison de sa dignité inhérente, certains droits et libertés inaliénables. Ces droits existent indépendamment du bon vouloir de la majorité.

L'idéologie post-moderne, qui n'admet rien d'absolu, donne un sens positiviste au terme "droit de l'homme" qui lui permet de modifier à son gré les droits qui sont reconnus à un moment donné et à retirer d'autres, selon le bon gré de l'autorité en place. Il se trouve que l'on a ajouté l'orientation sexuelle comme l'un des droits et qu'on a retiré la liberté de religion. Cela rend totalement inutile la Déclaration universelle des droits de l'homme qui n'a donc plus rien d'universel. C'est un retour à l'époque où les seuls droits que l'on possède sont ceux que l'autorité en place veut bien nous reconnaître. Nos droits proviennent alors de l'État et non plus de notre dignité inhérente. Bref, nous revenons tranquillement à l'Allemagne hitlérienne, à la Russie staliniste, à la Chine maoiste.

Ce qui empire les choses, c'est que ce ne sont pas tant les minorités qui sont visées par cette mesure que le catholicisme. On essaye de faire passer la pilule en parlant de burqa et de kirpan, mais le véritable objectif est d'intensifier la campagne de réécriture de l'histoire du Québec pour effacer notre héritage catholique. Le Québécois moyen est peut-être choqué par l'image caricaturale d'un policier qui porte un turban, mais il n'a rien contre l'idée d'une religieuse qui travaille dans une hôpital et qui porte une croix au cou. Ce sont elles, après tout, qui ont fondé nos hopitaux et qui les ont cédés gratuitement à l'État. Les Québécois n'ont plus autant d'attachement au catholicisme qu'auparavant, mais ils se sentent encore à l'aise avec les symboles de notre religion historique. Le Parti québécois tente de changer cela en plaçant le catholicisme sur le même pied que les religions étrangères pour capitaliser sur un sentiment latent de xénophobie qui, avouons-le, a toujours fait partie de notre culture.

Si les Québécois croient vraiment aux droits de l'homme, ils se lèveront debout pour protéger la liberté de religion des étrangers qui vivent à l'intérieur de nos frontières. S'ils aiment leur culture et leur identité nationale, les Québécois se lèveront debout pour défendre leur héritage catholique.

Le temps est arrivé de montrer la porte à ce gouvernement minoritaire qui tente de nous imposer ses valeurs rétrogrades d'intolérance et de mépris envers les autres.

(À lire aussi: La Charia laïque s'en vient)

lundi 19 août 2013

Rousseau

Dans le film de Manon Barbeau (c’est la dernière fois que j’en parle, promis), les Enfants du Refus global, la fille de Borduas explique que son père se basait sur les (non) méthodes de Jean-Jacques Rousseau pour élever ses enfants. Le bon Jean-Jacques est évidement le pionnier de cette noble activité que j’ai désignée dans un article précédent sous le libellé de dompage d’enfants. Je ne dis pas qu’il a été le premier à avoir abandonné ses enfants, c’était une pratique courante, même après que Constantin ait interdit la pratique plus barbare encore de l’exposition d’enfants qui avait cours dans l’Empire avant son règne. Nom, ce qu’on doit à J-J Cool R, c’est d’avoir justifié cette pratique par tout un appareillage théorique permettant d’affirmer que le fait d’abandonner ses enfants est en fait une bonne chose pour eux.

De nos jours, on va entendre des parents expliquer que la garderie permet de « socialiser l’enfant » pour justifier qu’ils y mènent leur progéniture de trois mois et demi cinq fois dix heures par semaine. Comment ne pas être ému devant de tels sacrifices pour s’assurer que l’enfant soit Mister P.R. à l’âge de deux ans quand on sait que la vie n’est rien d’autre qu’un immense concours de popularité, pour paraphraser un roman québécois récent. Mais Jean-Jacques, c’est autre chose. C’est dans le fondement le plus profond de l’homme qu’il trouvait, avec les déchirements qu’on peut imaginer, l’obligation cruelle de ne pas assumer ses responsabilités de géniteur.

C’est que voyez-vous Jean-Jacques ne se prenait pas pour vous savez quoi. Aussi, il lui semblait tout naturel de s’attaquer à ce qu’il était banal de considérer à l’époque comme le plus grand génie que l’Occident ait connu. S’attaquer n’est peut-être pas le terme approprié. Il s’agissait plutôt de dire le contraire de… Le contredit en question avait écrit un petit livre intitulé Confessions que d’aucun voient comme l’acte de naissance de l’homme moderne. Jean-Jacques a aussi écrit un livre qui s’intitulait Confessions ce qui demandait à l’époque une bonne dose de culot, il faut le reconnaître. Mais l’antagonisme ne se situait pas là principalement. En fait, l’idée que Rousseau a voulu contredire tout au long de son œuvre (et qui a justifié l’abandon de son enfant) est celle du péché originel.

Bon, je ne veux pas trop développer là-dessus, on l’a fait surabondamment avec une érudition que je ne puis approcher. Les conclusions cependant son assez claires et unanimes : On doit aux développements de saint Augustin sur cette question l’essentiel de ce qui a permis de fonder tout le système juridique et social qui a eu cours en Occident jusqu’à aujourd’hui. Il dit en (très) gros ceci : « L’homme naît mauvais. La société doit donc être édifiée de façon à l’empêcher de trop déraper. Cependant, avec la Grâce de Dieu, la prière et l’ascèse, l’homme peut se sanctifier et s’arracher de cette malédiction pour s’accomplir pleinement. » Jean-Jacques a décidé de prendre cette évidence et d’en inverser les termes, question de nous faire reculer de trois millénaires : « L’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt. »

J’entends les applaudissements de tous les gens cools avec qui on voudrait mille fois plus aller prendre une bière qu’avec une gang de chrétiens brainwashés.

 Proposition rassurantes, certes, mais qui ne tient pas la route deux secondes. On peut être contre le port d’armes à feu dans certains états de nos voisins du sud. Mais on doit admettre qu’il n’y a pas une fusillade majeure à tous les jours. Imaginez maintenant qu’on donne une arme à feu à tous les enfants d’une garderie. Le bain de sang deviendrait la norme quotidienne.

 Mais il y a bien pire. Si l’homme nait bon, alors le mal vient d’ailleurs. La doctrine augustinienne nous dit que le mal vient d’abord d’en-dedans. Comme on m’a déjà dit à une époque où ça n’allait pas très bien dans ma vie : « Si tous les gens que tu rencontres sont des morons, pose-toi des questions. » On ne fait que projeter ce que l’on porte en soi. C’est ce que veux exprimer Jésus-Christ par ces mots :
Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme; mais ce qui sort de la bouche, c'est ce qui souille l'homme.[…] Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche va dans le ventre, puis est jeté dans les lieux secrets? Mais ce qui sort de la bouche vient du coeur, et c'est ce qui souille l'homme. Car c'est du coeur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies. Voilà les choses qui souillent l'homme; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille point l'homme. 
Les Pharisiens pensaient qu’il suffisait de se laver les mains pour être pur pouvoir faire la leçon à tout le monde en se donnant en exemple. Non, l’impureté --le mal-- part de plus profond. Elle ne part pas de quelque chose d’aussi superficiel qu’une poignée de main, une ethnie ou un système politique. Elle part du cœur de l’homme. Jésus n’avait que faire de libérer les Juifs politiquement comme certains zélotes (dont Judas) le souhaitaient. C’est intérieurement qu’il est venu apporter la libération. « Mais délivrez-nous du mal... » intérieur. Car le mal extérieur est d’abord une projection du mal intérieur que l’on porte en soi. C’est ce qui explique que les saints restent sereins dans les persécutions et les souffrances.

Cette projection est à la base des deux grandes dérives totalitaires du XXe siècle.

D’abord le nazisme. La race pure. Donc exempte de mal. Les mains bien propres! Or il y avait beaucoup de mal dans l’Allemagne d’après la Première guerre : inflation endémique, chômage, pauvreté… Un mal qui faisait souffrir terriblement… Imaginez qu’on parvienne à trouver la source du mal… Il ne devrait alors y avoir aucun obstacle à une entreprise visant à son éradication définitive…

Fermez-vous les yeux et imaginez un peu cette perspective : Il n’y a plus de mal. On vient d’éliminer 80% des articles du Journal de Québec. Il n’y a plus de mal… Pour saint Augustin, cela ne peut être possible que dans la mesure où tout le monde parvient à se sanctifier (et encore…) puisque le mal est en nous. Pour le nazi, il suffit de trouver la cause profonde du mal : le Juif. Et le détruire.

Même logique pour le communisme : le mal n’est pas dans le cœur de l’homme, il est dans un système économico-politique qui encourage les inégalités. Ainsi, en éradiquant un tel système, on va éliminer totalement le mal, projet qui doit être mené à terme à tout prix.

Dans les deux cas, on a voulu faire descendre le paradis sur terre. On n’a réussi qu’à y faire monter l’enfer.

À une échelle un peu moins cataclysmique, il y a le mal identifié à la société de consommation, à la maladie mentale, à une disposition génétique, à la religion, à la cigarette, au fédéralisme, au féminisme, au liquide lave-glace… Le mal dont nous étions totalement innocents jusqu’à ce qu’il nous tombe dessus. Violeur et victime, pusher et drogué, client et prostituée : il n’y a que victimes… C’est rassurant… Et tellement consolant! Mais ça donne une société de victimes incapables de se prendre en main, une société de "C'pas d'ma faute"… Pas mal tout le monde est d’accord pour dire que nous en sommes-là. Le jugement rendu dans l’affaire Turcotte a peut-être été le dernier traumatisme collectif que nous ayons vécu. Qu’il sonne comme un avertissement : ça va continuer pendant combien de temps encore? Combien de temps le rousseauisme nous permettra-t-il de nous dédouaner de notre lâcheté, de notre goinfrerie, de notre dépravation et/ou de notre haine de l’autre? Je ne vois qu'une seule solution: il faut sacrer Rousseau aux vidanges et retourner à la doctrine augustinienne…

Oh mais il y tous ceux que cette doctrine a culpabilisés. Évidemment, il y a un équilibre à atteindre. Le sentiment de culpabilité peut-être paralysant s’il est mal vécu. Il devrait plutôt être un aiguillon qui nous mette en marche. Le sentiment de culpabilité n’est pas agréable, mais il est souvent le garde-fou qui nous empêche de devenir des porcs. Tu te sens coupable? C’est qu’il a bien des chances que tu le sois effectivement, mais dis-toi que tu n’es pas le seul car tel est le lot de l’humain sur Terre. Pascal disait qu’il y a deux sortes d’hommes : les pécheurs qui ne se sentent coupables de rien et les saints qui se sentent coupables de tout. C’est ce sentiment qui a mené ces derniers sur nos autels… Non il n’est pas agréable. Mais l’évolution ne se fait pas dans le confort.
 

L'écologie humaine

La moralité capitaliste (américaine) a pour principe de base la quête du bonheur par l’appât du gain, ce qui autorise un individu à faire primer l'industrie sur l'environnement. Selon cette logique, permettre aux entreprises de polluer pour créer de la richesse enrichira toute la société. Cette vision est fondée dans le fondamentalisme protestant qui écarte arbitrairement l'écologie du domaine de la moralité et qui fait de la prospérité économique un signe de la faveur divine.

Notre moralité canadienne-française, au contraire, n'a jamais admis la suprématie de l'économie sur les autres intérêts sociétaux. Elle n'accepte pas que la majorité soit asservie à une minorité de chefs d'entreprise en espérant recevoir quelques miettes de cette prospérité économique en échange de la destruction de son territoire.

Mais depuis cinquante ans, un nouvel écologisme radical est apparu, non moins dangereux pour la société que le rêve américain. Cet écologisme radical, qui voit l'homme comme un imposteur dans l'environnement, ne cherche pas plus que le capitalisme à favoriser le bien commun. L'environnement devient alors une fin en soi.

Au Québec, ce nouveau genre d'écologisme s'impose même au détriment du bien commun. Il exige, par exemple, que l'on installe des éoliennes coûteuses même si nos centrales hydroélectriques suffisent amplement à nous fournir de l'électricité propre. Du coup, on oblige les familles pauvres à payer leur électricité plus cher.

L'écologisme radical ne fait pas de nuances, il ne se soucie pas du bien-être de l'homme. Ce qui l'intéresse, c'est de rendre un culte à leur déesse Gaïa (la Terre). C'est simplement une nouvelle religion, pas plus rationnelle que les autres et certainement moins rationnelle que la position catholique.

L'écologie catholique se distingue tant de l'écologisme radical que de la vision capitaliste:
Une conception correcte de l'environnement ne peut pas, d'une part, réduire de manière utilitariste la nature à un simple objet de manipulation et d'exploitation, et elle ne doit pas, d'autre part, l'absolutiser et la faire prévaloir sur la personne humaine au plan de la dignité. Dans ce dernier cas, on en arrive à diviniser la nature ou la terre, comme on peut facilement le constater dans certains mouvements écologiques qui demandent de donner à leurs conceptions un aspect institutionnel internationalement garanti. Le Magistère a motivé son opposition à une conception de l'environnement s'inspirant de l'écocentrisme et du biocentrisme, car celle-ci « se propose d'éliminer la différence ontologique et axiologique entre l'homme et les autres êtres vivants, en considérant la biosphère comme une unité biotique de valeur indifférenciée. On en vient ainsi à éliminer la responsabilité supérieure de l'homme en faveur d'une considération égalitariste de la “dignité” de tous les êtres vivants ». (Compendium de la doctrine sociale de l'Église, 463)
La doctrine sociale de l'Église fait le pendant de l'écologie environnementale en nous proposant de façon complémentaire "l'écologie humaine" qui n'en est pas moins importante. La structure fondamentale de l'écologie humaine est la famille, "au sein de laquelle l'homme reçoit des premières notions déterminantes concernant la vérité et le bien, dans laquelle il apprend ce que signifie aimer et être aimé et, par conséquent, ce que veut dire concrètement être une personne" (212).

Le lien entre l'écologie environnementale et l'écologie humaine se trouve, naturellement, dans le bien commun. "Une société à la mesure de la famille est la meilleure garantie contre toute dérive de type individualiste ou collectiviste, car en elle la personne est toujours au centre de l'attention en tant que fin et jamais comme moyen" (213). Ainsi, l'écologie catholique évite d'une part les excès du capitalisme qui instrumentalise l'environnement et d'autre part les excès de l'écologisme radical qui oublie le fait que la personne humaine fait partie de l'environnement.

On a raison de dire que les Québécois sont écologistes, mais leur écologie se rapproche beaucoup plus de l'écologie catholique que l'extrémisme prônée par les partis de gauche.