dimanche 18 août 2013

Le leurre du développement économique

Il est fréquent que l'on attribue à la Révolution tranquille notre épanouissement économique depuis les années 1960. Nous lisons aujourd'hui qu'un économiste remet ce lien en question. L'essor économique du Québec aurait commencé en 1945 après un siècle de stagnation et il se serait terminé en 1960, époque où les gouvernements interventionnistes auraient commencé à nuire à l'économie. Un autre dogme du Québec moderne tombe à l'eau. C'est nul autre que Duplessis qui serait l'artisan du rattrapage économique du Québec.

Mais ce qu'il y a de plus intéressant encore, c'est le paragraphe suivant:
Dans le premier tiers du siècle, les élites cléricales et nationalistes s'opposent à l'urbanisation et à l'industrialisation qu'elles voient comme une menace à la langue et à la religion. Dans ce contexte, les gouvernements Gouin et Taschereau ne peuvent mener à bien leurs politiques favorables au développement économique. Le premier gouvernement Duplessis, de 1936 à 1939, partage la vision clérico-nationaliste de méfiance à l'endroit du capital et du développement industriel.
L'urbanisation et l'industrialisation sont-elles une menace à la langue et à la religion? Au risque de me faire traiter de rétrograde, je répondrais oui. C'est dans les villes, en côtoyant des anglophones, que les Québécois sont devenus bilingues et qu'ils ont commencé à envoyer leurs enfants à l'école anglaise. Or le bilinguisme est la première étape de l'anglicisation. Quant à la religion, il n'y a pas de doute que l'industrialisation ait amené une prospérité matérielle qui nous aide à oublier notre fin dernière, jusqu'à ce que l'on se retrouve sur notre lit de mort et qu'on réalise que toutes ces choses, tout ce plaisir, tous ces voyages n'ont rien donné de permanent. L'étonnante vérité est que la prospérité économique (l'argent) est l'un des plus grands obstacles au bonheur éternel (Mc 10:17-25). De même, l'urbanisation a toujours été une source de corruption des mœurs. Les premières villes (Gn 11:4) ont été créées en défiance du dessein naturel de Dieu, comme moyen pour l'homme d'atteindre d'autres buts que ceux que le créateur leur avait fixés et d'affirmer leur indépendance face à la Providence.

La culture hippie des années 1960 et les nombreux mouvements qu'elle a inspirés est une reconnaissance des problèmes de l'urbanisation et de l'industrialisation. Nos écologistes "granola" sont les premiers à reconnaître que l'urbanisation et l'industrialisation endommagent l'environnement et déshumanisent l'homme qui se voit privé d'un style de vie sain et naturel. Prenez par exemple ce vidéo de Chinois qui travaillent dans une usine d'alimentation. Pas étonnant à quel point les animaux sont maltraités, on en est venu à s'y attendre; ce qui étonne, c'est à quel point le travail des personnes humaines est déshumanisant. Dans une séquence (1:28), on voit une femme dont le seul travail est d'écarter les pattes des poulets.

Se pourrait-il que les clérico-nationalistes de la "grande noirceur" aient compris quelque chose à l'existence humaine que les artisans de la Révolution tranquille ont oublié?

samedi 17 août 2013

Les athées sont-ils intelligents?

La petite tempête médiatique qui s'est soulevée à la suite d'une étude démontrant que les athées seraient plus intelligents que les croyants a suscité une réaction du directeur des communications du diocèse de Québec, monsieur Jasmin Lemieux-Lefebvre, que je connais pour l'avoir rencontré à quelques reprises. Monsieur Lemieux-Lefebvre essaye tant bien que mal avec les moyens qu'on lui donne de remettre les choses en perspective. J'aime beaucoup sa phrase "Un peu de science nous éloigne de Dieu, beaucoup de science nous y ramène", qui est totalement vraie, si on se fie aux plus grands scientifiques de l'histoire.

Devant un autre public, il aurait pu aborder la question différemment. Il aurait pu insister sur le fait que l'intelligence (au sens commun du terme) ne donne aucune garantie de connaître la vérité. Même les plus intelligents se trompent. À l'inverse, il arrive que des personnes simples réussissent à mieux cerner une question grâce à leur capacité d'aller droit au but, alors que la personne intelligente se perd dans les méandres de son raisonnement et arrive à compliquer même la question la plus simple. "J'aime les paysans, dit Montesquieu, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers".

Les personnes simples sont particulièrement capables de cerner les vérités qui ne s'apprennent pas empiriquement. Dieu, qui prend un malin plaisir de remettre les hommes à leur place, cache ces vérités aux sages et aux prudents et les révèle aux simples (Lc 10:21). C'est aux enfants qu'il donne le secret du bonheur (Mt 18:3), il renverse le trône des puissants et il élève les humbles (Lc 1:52).

Le sens commun du mot "intelligent" nous réfère surtout à cette faculté intellectuelle de traiter des données, de faire des opérations mathématiques, de résoudre des problèmes mentaux. Le sens biblique du terme "intelligent" signifie "celui qui comprend", surtout celui qui comprend le sens de la vie. Dans le sens biblique du terme, l'athée est la personne la moins intelligente au monde. On l'appelle "l'insensé" (Ps 14:1), parce qu'il n'a pas compris la chose la plus élémentaire de l'existence.
Je détruirai la sagesse des sages, et j'anéantirai la science des savants. Où est le sage? où est le docteur? où est le disputeur de ce siècle? Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde? Car le monde, avec sa sagesse, n'ayant pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. (1 Cor 1:19-21)

vendredi 16 août 2013

L'édifice de l'identité québécoise s'effondre

Voici un extrait d'un article publié aujourd'hui dans le Huffington Post: 
Ainsi, une «essence franco-catholique», et seulement celle-ci, caractériserait si bien la société québécoise que l'affaiblissement de l'un de ses piliers devrait entraîner le tout à sa perte. Il suffisait d'y penser. 
L'auteur, Michel Paillé, critique un article de Johanne Marcotte qui prétend que l'attitude des "têtes parlantes" du Québec moderne ressemble à celui du clergé qui a précipité la chute de la pratique de la foi catholique. Ainsi, on peut s'attendre, selon elle, à une chute du fait français.

Je ne sais pas si Mme Marcotte a raison, si les Québécois arrêteront de parler français, mais je veux souligner que l'abandon de la foi catholique a d'autres répercussions que nous vivons actuellement et des conséquences plus graves encore que l'abandon de la langue française.

Le catholicisme était jusqu'à récemment à ce point lié à notre identité collective qu'il influençait et continue d'influencer nos valeurs et notre façon de penser. Le catholicisme nous donnait une raison d'être et une mission en tant que nation. Nous savions d'où nous venions et où nous allions. Le catholicisme nous permettait de distinguer entre le bien et le mal, le beau et le laid, la vérité et le mensonge. Le christianisme, avec ses valeurs de sacrifice et de charité, faisait de nous un peuple solidaire et convaincu. C'est ce que j'appellerais la grandeur d'âme du peuple canadien-français.

Aujourd'hui, que reste-t-il de ces valeurs identitaires? Il en reste de moins en moins. Les nouvelles générations sont de plus en plus égoïstes et individualistes. Mais pire encore, elles n'ont aucun repère, aucun objectif concret dans la vie qui n'a plus aucun sens. Ils ne voient pas de raison d'avoir des enfants sinon pour meubler leur grosse maison, pourquoi on devrait se sacrifier pour notre prochain, pourquoi on devrait continuer de vivre même si on souffre. Les nouvelles générations, même si elles parlent français, ont perdu l'identité de notre peuple pendant que les artisans de la Révolution tranquille applaudissaient. Elles ne sont plus à la hauteur de la dignité de notre peuple. L'assimilation a déjà fait son travail, seulement on s'aperçoit que l'ennemi n'était pas tant les Anglais que les révolutionnaires français avec leurs valeurs anti-chrétiennes.

Que l'on soit croyant ou non, il est nécessaire de se réapproprier ces valeurs judéo-chrétiennes qui font partie de notre identité. Arrêtons cette folie de laïcité intolérante qui est pire encore pour notre identité nationale qu'une politique d'anglicisation, notamment par le fait que nous ne faisons plus assez d'enfants pour assurer notre pérennité. En reniant notre héritage religieux et en marginalisant le catholicisme, on nuit à nous-mêmes.

Vivre jusqu'à 123 ans

La culture de la mort s'exprime de plusieurs façons. Voici les résultats d'un sondage sur le site web de La Presse:
68% des personnes sondées ne veulent pas vivre jusqu'à 123 ans

De tous les âges, chez tous les peuples, vivre le plus vieux possible était l'un des objectifs de toute personne saine d'esprit. Quel animal à part l'homme ne cherche pas à vivre le plus longtemps possible? Notre instinct de survie a-t-il été totalement éclipsé par la culture de la mort? Depuis que nos concitoyens sont perdus dans le cosmos, sans but dans leur vie, l'objectif de vivre le plus vieux possible et d'avoir de nombreux enfants est devenu parfaitement impertinent. Il semblerait que le nihilisme postmoderne ait réussi à convaincre la plus grande part de nos compatriotes de la futilité de notre existence.
Le nihilisme (du latin nihil, « rien ») est un point de vue philosophique d'après lequel le monde (et plus particulièrement l'existence humaine) est dénué de tout sens, de tout but, de toute vérité compréhensible ou encore de toutes valeurs. 
La souffrance est une chose intolérable pour la personne qui ne sait pas vers quel but elle avance. Pourtant, la souffrance fait partie de la vie, il faut s'y faire, sinon renoncer à vivre ou du moins renoncer à être heureux. Comme il n'y a pas de sens à la vie, celle-ci n'a pas de valeur intrinsèque. La volonté de vivre est alors conditionnelle à la qualité de vie, un terme totalement subjectif.

C'est une terrible tragédie qu'une personne ne veuille pas vivre, quelle que soit la qualité de sa vie. Pour la plupart des gens, tout se joue entre les deux oreilles. Il existe des quadriplégiques qui sont contents de vivre, même s'ils doivent se faire laver et changer leur couche durant toute leur vie, mais une personne ordinaire songe immédiatement à l'euthanasie face à cette perspective. Nous avons été conditionnés par le matérialisme pour voir l'homme comme n'ayant pas de valeur en soi. Ce n'est plus un drame de voir quelqu'un s'éteindre, on le voit comme une libération d'une vie opprimante, sans aucun but, sans aucun sens.

Le christianisme est l'antithèse de cette philosophie mortifère. En plus de clarifier les objectifs qui nous sont donnés par le créateur (vivre le plus vieux possible, avoir le plus grand nombre d'enfants possible, etc.), le christianisme nous donne le plus haut sens de la vie: acquérir la vie éternelle.

Tyrannie du Refus

Ma lecture suivie du Refus global pouvait donner l’impression que j’aurais préféré vivre dans le Québec d’avant la Révolution tranquille. Il n’en est rien. Ma lecture se voulait un peu humoristique… Meilleure chance la première fois.

Madame Manon Barbeau n’a pas réagi à mon article suivant qui se voulait plus sérieux. Mais je doute qu’elle apprécie ma lecture suivie. Après tout, on espère tous ne pas avoir à vivre le rejet (ou le refus) qu’elle a eu à vivre. Mais puisqu’il en est ainsi, autant que ce soit pour quelque chose de grand. Or ma lecture pouvait laisser croire que je ne vois rien de grand dans le manifeste des Automatistes. C’est faux. Le titre l’indique assez bien : il s’agit de faire exploser, pas de fonder. Ils savaient cela, les Automatistes. Ce sont leurs successeurs qui ont voulu fonder sur la dynamite.

Dans le film de Manon Barbeau, la personne la plus intelligente me semble être le fils de Borduas. Il dit entre autres (je cite de mémoire) : « Mon père voulait détruire les anciens mythes. Mais il est très difficile d’en forger de nouveaux. » C’est à cette tâche que nombre de poètes, penseurs, universitaires et artistes se sont essayés par la suite. Les résultats ont été désastreux quand ils n’ont pas été simplement risibles. Une « mythologie » sur laquelle s’est appuyé tout l’Occident pendant 18 siècles ne se remplace pas comme ça. On s’essaie et on se rend compte qu’il ne s’agit que d’une mise à jour poche de la « mythologie » que le christianisme a renversée d’une pichenotte. Dès lors, tout est à recommencer, et c’est peut-être pourquoi les mouvements chrétiens qui se réfèrent aux premiers siècles de l’Évangile ont plus de succès aujourd’hui que les autres.

Comme texte fondateur, le Refus global a institué dans la psyché collective un réflexe de… refus. Ce réflexe est présent dans toutes les sociétés occidentales mais il est particulièrement marqué ici. Depuis ce temps, notre choix le plus naturel est : « Aucune de ces réponses ». Du coup, le « blocus spirituel » que dénonce Borduas s’en est trouvé terriblement renforcé. Nous sommes pris au Québec dans ce que j’appellerais la tyrannie du refus. Il y a chez nous une injonction au refus qui nous empêche de faire des choix conscients au moment où il faudrait volontairement et librement faire ces choix.

Or, ce que Kierkegaard appelle le saut de la foi implique toujours un choix volontaire et conscient. Ce que nous choisissons au Québec est toujours quelque chose qui s’est imposé à nous parce que nous ne voyons pas que nous l’avons adopté par choix. C’est comme une amnésie sélective. Nous nous retrouvons à défendre une option qui semble aller de soi parce que nous ne nous rappelons plus ce moment précis où nous eu à faire le choix de cette option parmi d’autres au moins aussi valables. Et dès lors, cette option s’impose à nous comme la couleur du ciel. Le ciel est bleu, mais je n’ai pas eu à le choisir, et ceux qui disent qu’il est vert sont fous ou daltoniens, infirmes de toutes les façons…Ce qui explique que les Québécois répugnent tant à débattre : comment discuter avec quelqu’un qui est convaincu que le ciel est vert? En effet, mais il ne s’agit pas ici de la couleur du ciel.

Il y a eu un moment où l’option de la croyance en Dieu s’est présentée à un athée convaincu (comme, disons, Richard Martineau) avec tous les arguments (ou plusieurs d’entre eux) qui font que tant de gens indiscutablement intelligents croient en Dieu et même en l’Église apostolique romaine. Il a choisi, mais choisir signifie nécessairement ACCEPTER. Ce qui va à l’encontre du dogme du refus que le manifeste automatiste a institué dans l’esprit des gens. Du coup, le seul moyen de ne pas se prendre soi-même en flagrant délit de contradiction avec ce dogme, est d’oublier cet épisode où il a fallu faire un choix (donc accepter), et donc dire que l’athéisme n’est pas une question de choix mais de lucidité élémentaire, comme la perception du bleu du ciel n’est qu’une question de bon fonctionnement du système oculaire.

Or à ce jeu, la foi ne peut pas être de taille puisqu’elle implique toujours, pour être valable, un choix éclairé et conscient, donc une acceptation volontaire. Contre le refus. C’est seulement après cette acceptation que doit venir le refus. Car si on refuse la globalité des options, il n’y a plus d’acceptation possible, du moins d’acceptation consciente. Dès lors, un Richard Martineau n’est plus conscient que son athéisme est le fruit d’un choix. Il n’y a jamais eu de choix. Dieu n’existe pas et c’est tout. Et alors? Tu acceptes pourtant que tu es là? Comment l’expliques-tu? Le hasard? La sélection naturelle? Et il se retrouve à placer ces causes possibles de son existence sur le même plan que le bleu du ciel ou la rotondité de la Terre, ce qui relève de la plus colossale idiotie, le degré zéro de la pensée.

Il est à la mode de plaider la folie au tribunal. C’est ce que ces gens seront réduits à faire devant le Tribunal céleste. Je doute qu’il soit aussi bienveillant que notre système de justice l’est présentement. On sait que près de la moitié des verdicts de non-responsabilité criminelle au Canada sont prononcés au Québec. J’ai très envie d’y voir une conséquence plus ou moins directe de cette tyrannie du refus qui nous a été inculquée avec le Refus global. Cela dit, il est possible que tout ça ait été nécessaire. On a simplement réagi à l’injonction contraire qui était une tyrannie de l’acceptation. Pas besoin de faire un dessin, je pense. Sans doute qu’on en était là, dans le Québec de l’époque. Il faut seulement considérer ceci qui me semble définitif :Ce n’est pas parce que la Vérité a cessé d’être imposée qu’elle a cessé d’être… la Vérité.… avec son pouvoir libérateur révélé dans saint Jean (8, 32).

Le Québec de l’époque a vécu une situation inédite par rapport aux autres sociétés totalitaires (qualifions-la ainsi pour le moment). Normalement, ce qui est imposé, c’est ce qui n’a pas de bon sens. C’est d’ailleurs pour ça qu’il faut imposer. Le désir de vérité que porte tout homme lui dit que ça n’a pas de bon sens, mais l’autorité extérieure lui impose de l’accepter.

Dans le cas du catholicisme, les autorités ne se battent pas contre l’intuition du vrai mais contre la tyrannie des instincts. On se dit : puisque ce dogme a été imposé, ça doit vouloir dire qu’il est faux. Or qu’arrive-t-il lorsque ce dogme, pour avoir été imposé, n’en demeure pas moins conforme à la Vérité?On n’a pas envie que ce dogme soit vrai, non parce que notre intuition du vrai se révolte, mais parce qu’il va à l’encontre de notre instinct charnel.

Dans le premier cas, l’autorité en place devra user de méthodes coercitives fortes pour convaincre que le mensonge est vérité.

Dans le second cas, la coercition s’apparentera à celle dont usera des parents sévères voulant ramener son enfant dans le bon sens. La coercition ne pourra évidemment pas aller jusqu’aux camps de travail et aux famines provoquées. Viendra un temps où il devra se résoudre à laisser partir l’enfant en espérant qu’il tire les leçons qu’il faut de ses expériences et déceptions.

C’est la raison pour laquelle on a pu parler de Révolution TRANQUILLE, qui est un cas sans précédent, si je ne m’abuse, dans l’histoire humaine. Jacques Parizeau lui-même le signalait, dans une entrevue récente. Lorsque les acteurs principaux de la Révolution tranquille sont allés rencontrer les dirigeants de l’Église de l’époque pour exiger la prise en charge de la santé et de l’éducation (qui représenteront bientôt à eux deux les trois quarts de toutes les dépenses de la province) ils ont été renversés de se faire répondre : « Parfait, si c’est ce que vous voulez. On signe où? » On n’aurait jamais vu ça dans une société totalitaire au sens où on l’entend généralement.

Pourquoi ça s’est passé comme ça ici et pas dans les autres dictatures? Pour la bonne raison que ce qui était imposé ici n’était pas des théories fumeuses visant à remplacer une « mythologie » millénaire, mais la Vérité même. Quand le refus se veut global, ça signifie qu’il doit inclure dans sa globalité la Vérité même. C’est ce qui nous est arrivé.

Maintenant, il ne faudrait quand même pas exagérer. Il y a la Vérité et il y a la forme, l’écrin dans lequel elle est présentée. Et il y avait sans doute là beaucoup de choses à refuser. Pour cela, on peut remercier chaleureusement Borduas et sa bande.

jeudi 15 août 2013

La divinisation de la science

On vient de publier une "étude" selon laquelle les croyants seraient moins intelligents que les athées. Si le raisonnement critique fait partie de l'intelligence, je pense qu'il vient de prendre une débarque dans cette étude. Demandons-nous pourquoi, en premier lieu, on a choisi de faire une telle étude. Est-ce même dans le domaine du possible que la sorte de personne (un athée, sans doute) qui voudrait se poser une telle question n'ait pas dès le départ confondu son préjugé avec une hypothèse scientifique qui se voit automatiquement confirmée? Une telle étude, par le fait même qu'elle est menée par des scientistes (à distinguer de scientifiques), n'a pas plus de crédibilité que les nombrables études faites par des Nazis qui démontrent que la race arienne est la plus intelligente de toutes.

Est-ce une pure coïncidence que l'on y retrouve la phrase suivante:
"58% de scientifiques américains choisis au hasard ont exprimé un scepticisme ou un doute par rapport à l'existence de Dieu. Cette proportion est passée à presque 70% chez les scientifiques les plus éminents", selon une étude de 1916."
Selon une étude de 1919?? Ai-je bien lu? Et pourquoi parle-t-on ici de scientifiques en particulier? L'étude ne tente pas de prouver un lien entre l'intelligence et le fait d'être un scientifique. Les auteurs ont pour préjugé que les scientifiques sont plus intelligents et il se trouve, comme par hasard, que ces auteurs se prennent pour des scientifiques. Pour simplifier leur sophisme: les scientifiques sont intelligents, les scientifiques sont athées, alors les personnes intelligentes sont athées. Exit la logique et la méthode scientifique, nous sommes sur le terrain des croyances.

Cette "étude" grossière démontre que nous avons affaire à des scientistes (et non des scientifiques) qui affirment leur admiration pour un principe qu'ils appellent la "science" et qu'ils redefinissent arbitrairement pour exclure le théisme. L'admiration de la science ne peut pas provenir elle-même de la méthode scientifique. Le scientifique parfait serait un robot qui ne tirerait aucun avantage à confirmer ou infirmer une hypothèse. Dans ce sens, cette admiration nuit à l'objectivité des résultats obtenus. Le scientiste est une personne religieuse comme toutes les autres personnes de la planète. Son système religieux est un amalgalme de nominalisme, de matérialisme et de nihilisme. Il pense que la science peut donner une réponse satisfaisante à toute question qui mérite d'être posée. En somme, il divinise la science. On pourrait même aller jusqu'à dire que les scientistes ne sont pas du tout athées, puisqu'ils attribuent à la science des qualités divines. Cette tentative de démontrer qu'ils sont plus intelligents que les croyants n'est rien d'autre qu'un acte de dévotion envers la Science, une sorte d'idolatrie. Se vantant d'être sages, ils sont devenus fous (Rm 1:22).

La question n'est pas: "êtes-vous croyant?" mais "en quoi croyez-vous?". De même, si on ne croit pas en Dieu, on croit en une idole que l'on met à la place de Dieu, en l'occurence la Science. Donc, l'étude n'a pas de sens, puisqu'elle repose sur une distinction qui n'existe pas, c'est-à-dire l'idée qu'il y a des personnes croyantes et des personnes incroyantes.

Enfin, je voudrais remarquer que l'on a tendance à surfaire ce qu'on appelle l'intelligence, c'est-à-dire cette capacité du cerveau de traiter de l'information. Cette faculté est fort utile, mais elle ne donne aucune garantie de connaître la vérité, surtout celles qui lui sont inaccessibles directement et qui doivent nous être révélées. Je ne peux pas m'empêcher de terminer avec cette fabuleuse citation:
"La doctrine de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une force divine. Car il est écrit : " Je détruirai la sagesse des sages, et j'anéantirai la science des savants." Où est le sage? où est le docteur? où est le disputeur de ce siècle? Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde? Car le monde, avec sa sagesse, n'ayant pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. Les Juifs exigent des miracles, et les Grecs cherchent la sagesse; nous, nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils, mais pour ceux qui sont appelés, soit Juifs, soit Grecs, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui serait folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et ce qui serait faiblesse de Dieu est plus fort que la force des hommes." (1 Cor 1:18-25)

mercredi 14 août 2013

Les enfants du Refus global

(Ce message a été envoyé à la cinéaste Manon Barbeau)


Suite à ma lecture suivie d’avant-hier, j’ai écouté le documentaire de Manon Barbeau Les enfants du Refus global, disponible dans le fabuleux coffre aux trésors qu’est le site de l’ONF (http://www.onf.ca/film/enfants_de_refus_global ). Manon est la fille de Marcel, le peintre signataire du manifeste. Elle a rencontré d’autres enfants de signataires, ainsi que certains signataires eux-mêmes (Marcelle Ferron, Pierre Gauvreau, Jean-Paul Riopelle, son père Marcel...) Le résultat est assez instructif. 

D’abord on se rend compte que le précepte qui a été le plus fidèlement suivi est la première phrase du manifeste : « Rejetons de modestes familles canadiennes-françaises… » Ça signifiait pour eux : « Rejetons la famille! » Ou plus prosaïquement « Rejetons nos enfants! » Ils avaient un art à développer, une œuvre picturale à construire et cela devait nécessairement signifier l’abandon de leurs familles (de leurs enfants). C’est-ce que nous explique en ces termes à peu près exacts le père de la cinéaste, Marcel Barbeau, qui a tout bonnement donné sa fille et son fils François en adoption pour pouvoir se consacrer à son art. À sa justification par la parabole des talents qu’il faut faire fructifier, on pourrait rétorquer ces mots de saint Paul : « Si quelqu'un ne prend pas soin de sa parenté et surtout des membres de sa propre famille, il a trahi sa foi, il est pire qu'un incroyant. » (1Tim 5, 8) J’aime bien penser à Jean-Sébastien Bach écrivant sa Messe en si avec ses 20 enfants s’amusant autour de lui. Oui, Jean-Sébastien Bach a eu 20 enfants, de deux femmes différentes (16 de la dernière, Anna-Magdalena), et vous me permettrez de douter que son œuvre en ait souffert. Mais ce n’est pas là-dessus que je veux insister.

C.G Jung et Mircea Éliade  expliquent qu’il y a dans les œuvres fondatrices des archétypes, qui expriment des modèles élémentaires de comportement humain. Une fois exprimés, ceux-ci vont se figer dans la psyché du peuple d’où est issue l’œuvre en question. Je pense que le Refus global est une œuvre fondatrice, et qu’on lui doit l’action achétypique que vous avez certainement observée plusieurs fois dans votre entourage et que j’appellerais : le dompage d’enfants. Il fallait ensuite que ce noble idéal puisse « devenir actif  (sur le plan social) », pour citer Borduas. Et c’est alors que Madame Pauline Marois, grande zélatrice du prophète automatiste, est arrivée avec ses garderies à 5$! Institution unique au Québec, comme on sait…

Ce qui ressort de ce film, c’est une tristesse infinie. La séquence avec Jean-Paul Riopelle est particulièrement pathétique, au sens non railleur du terme. Tristesse de ne pas avoir été à la hauteur d’une destinée qui dépassait largement le fait banal de pouvoir exposer à Paris des toiles qui finiront par valoir quelques futiles millions de dollars. Il le sait : il ne pourra pas plaider la valeur de ses toiles lorsque viendra le temps du Jugement. L’impression d’avoir raté sa vie et gâché celle de ses proches, et qu’il est trop tard pour essayer de réparer les torts lui semble absolument insupportable. On sent qu’il aurait envie de nous dire : « C’était une esti d’arnaque tout ça! » Il ne le dit pas parce que ce n’est pas ce que les gens veulent entendre. Alors il ne dit rien. Mais il ressort de ce film ceci : Là n’est pas le bonheur. Là n’est pas l’accomplissement. Pas plus que dans sa version soft de la réalisation professionnelle qui nécessite d’envoyer ses enfants à la garderie 11h par jour. L’homme est appelé à quelque chose de bien plus grand, et les enfants, loin d’être un obstacle, lui son d’un précieux secours dans son accomplissement. « Les fils qu'un homme a dans sa jeunesse sont pareils à des flèches dans la main d'un guerrier. Heureux l’homme qui en remplira son carquois. » (Ps 127,4-5) De voir le fils schizophrène de Marcel Barbeau présenter ses toutous m'a fait penser aux cultes à Moloch. L'Art ne peut pas être une idole. À son mieux, elle est un moyen d'atteindre le créateur.

Bach disait: « Le but de la musique devrait n'être que la gloire de Dieu et le délassement des âmes. Si on ne tien pas compte de cela, il ne s'agit plus de musique mais de nasillement et beuglement démoniaques. » C'est aussi vrai pour la peinture et pour toutes les autres formes d'art.