lundi 12 août 2013

La retraite du Refus global (lecture suivie)

L’article de Daniel m’a donné envie de revenir sur ce texte important de notre histoire qu’est le Refus Global et dont on célèbre le 65e anniversaire. Vous êtes un intellectuel québécois et vous voudriez faire partie de la gang? Il vous suffit de paraphraser ad nauseam ce qui est écrit dans le Refus global.  C’est étonnant. Absolument tout y est. Tous les chevaux de bataille de la bien pensance qui nous horripile depuis trop longtemps : anticléricalisme, écologisme, marxisme, fatalisme, dévaluation du passé, nivellement, haine de soi… Voyez par vous-mêmes. Ce qui suit est une lecture commentée de la totalité du texte de Borduas publié en 1948. Ce qui est souligné est du Refus global, ce qui ne l’est pas est mon commentaire. 

Rejetons de modestes familles canadiennes françaises, ouvrières ou petites bourgeoises, de l'arrivée au pays à nos jours restées françaises et catholiques par résistance au vainqueur, par attachement arbitraire au passé, par plaisir et orgueil sentimental et autres nécessités.

Ça commence fort! Quelque peu hallucinant quand on sait qu’il s’agit du manifeste de toute la Révolution tranquille. « Rejetons de modestes familles canadiennes françaises… » Moi je veux bien.  Mais si on rejette ces modestes familles canadiennes françaises qui ont traversé l’Atlantique (et donc leurs descendants), il reste quoi pour former le pays auquel aspirent les adorateurs péquistes de Borduas? On risque de ne pas atteindre pas le 50% + 1 de sitôt…

Petit peuple issu d'une colonie janséniste, isolé, vaincu, sans défense contre l'invasion de toutes les congrégations de France et de Navarre, en mal de perpétuer  en ces lieux bénis de la peur (c'est-le-commencement-de-la-sagesse !) le prestige et les bénéfices du catholicisme malmené en Europe.

C’est comme ça, Paul-Émile, que tu vois ceux qui ont fondé le pays que tu habites? Les chroniqueurs du National Post aussi. Pour ma part, je préfère la vision du poète Alfred Desrochers lorsqu’il écrit : « Je suis un fils déchu d’une race de surhommes. » Sans doute une question de sensibilité…


dimanche 11 août 2013

Le bonheur

C'est quelque chose à la fois d'amusant et de désolant de voir un enfant tenter d'accomplir une tâche trop compliquée pour lui. "J'suis capable!" dit mon garçon de 2 ans, en voulant mettre ses chaussures sans avoir compris qu'il faut d'abord détacher les velcros. Vous me trouverez condescendant si je vous dis que je me sentais de la même façon en lisant ce texte où il est question de mesurer le bonheur d'une population, sans jamais parvenir à définir ce qu'est le bonheur. Donc, je ne dirais pas que j'ai trouvé le texte amusant; seulement désolant.

Même si le bonheur est l'une de ces grandes questions philosophiques sur laquelle les savants ne se sont jamais entendus, le concept n'est pas quelque chose de difficile à saisir. "J'aime les paysans, dit Montesquieu, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers". Demandez à un paysan ce qu'est le bonheur. Il vous répondra peut-être que ce sont les enfants qui connaissent le secret du bonheur.

Un autre paysan nous donne la réponse suivante: "Heureux les pauvres en esprit." Il ajoute: "si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux." Voilà donc la réponse du plus sage et plus humble des hommes. Dans cette réponse, on s'aperçoit que le bonheur est assimilé à ce concept du "royaume des cieux", qui est simplement le règne de Dieu dans la vie d'une personne.

Quand il est question de bonheur, je ne suis vraiment pas mieux que mon garçon de 2 ans. Il m'a fallu quelqu'un pour me montrer. La recette du bonheur nous est donnée dans le Sermon sur la Montagne, que l'on peut lire aux chapitres 56 et 7 de l'Évangile de Matthieu.

samedi 10 août 2013

Le nationalisme selon Lionel Groulx

Extrait de Rôle d'une société nationale en l'an 1958:
Nationalité, patrie ! Quelles sont-elles pour nous ? A défaut de l'évidence, une voix, un maître peut répondre: l'histoire. Nos ancêtres ont abordé, il y a trois cents ans, ni en Patagonie, ni au Mexique, ni au pôle nord, mais sur un point, une zone bien déterminés de l'Amérique septentrionale et que je n'ai nul besoin de vous indiquer. C'est ici, sur le Saint-Laurent surtout, qu'une race, la nôtre, a pris racine. C'est cette terre, nulle autre, qu'elle a épousée. Peut-être aujourd'hui quelques-uns préféreraient-ils une autre terre, sous des cieux plus bleus, plus souriants. Qu'y peuvent-ils ? Qu'y pouvons-nous ? On ne change pas l'histoire. Dans cet immense pays que fut, pendant près d'un siècle, l'empire français d'Amérique, une portion est devenue plus spécifiquement nôtre, plus spécifiquement patrie, parce que nos liens sont plus intimes, plus forts avec elle. Pendant trois siècles et demi nous nous y sommes cramponnés; région par région, nous l'avons conquise sur la forêt, parfois sur le conquérant; depuis plus de trois cents ans, cette terre aura été l'habitat d'une dizaine de générations de Canadiens français qui y ont planté leurs foyers, leurs institutions, leurs traditions, leurs clochers, leur foi : tout ce qui constitue une nationalité.  

Perdus dans le cosmos

Je suis tombé sur un texte remarquable d'une femme qui explique pourquoi elle n'est pas pressée d'avoir des enfants, même si elle est mariée. Son raisonnement est limpide et je la comprends parfaitement. Elle explique qu'on passe des années à nous convaincre qu'avoir des enfants va ruiner notre vie, que c'est une trop grosse responsabilité, qu'on perdra notre liberté, que c'est trop coûteux, etc. Est-il étonnant que même une femme dans la trentaine soit récalcitrante?

Pour vouloir tomber enceinte, une femme doit sentir que tous les éléments de base sont en place afin de pouvoir bien s'occuper de ses enfants. D'abord, il faut qu'elle ait un mari, mais pas n'importe quel jambon québécois. Il lui faut un mari qui est résolu à rester avec elle pour le meilleur et pour le pire. Déjà on écarte 90% des [NDLR: un bon nombre d'] hommes québécois. Depuis la disparition du mariage, il n'y a plus aucune notion d'union permanente. Si une femme est assez téméraire pour vouloir un enfant, elle doit assumer le risque que le gars s'en aille quelques années plus tard. Même lorsqu'ils sont mariés, c'est simple comme bonjour de se divorcer.

Ensuite il faut que l'homme soit prêt à se sacrifier. Oui, le sacrifice n'est pas à la mode aujourd'hui, mais c'est ce qu'il faut pour réussir sa vie. Combien d'hommes québécois sont prêts à renoncer à leurs chums, à leurs bebelles, à leur vie de jeune adulte, et à travailler comme un déchaîné pour permettre à sa femme de rester à la maison pour s'occuper des enfants comme beaucoup de femmes voudraient faire, si seulement elles en avaient les moyens? [NDLR: Certains de] nos hommes québécois sont des PISSOUS, incapables de donner ce qu'il faut pour accomplir quelque chose dans la vie qui vaut vraiment la peine.

Au sujet de l'argent, c'est vrai que même avec un mari qui travaille fort, la famille aura moins d'argent qu'avec deux salaires. Mais où est le problème? C'est encore du conditionnement. On nous bourre le crâne avec l'idée qu'il faut posséder certains objets pour être heureux, qu'il faut pouvoir voyager, qu'il faut un plan de retraite... ce sont de simples mensonges. Ces choses n'ont aucune incidence sur le bonheur.

On perd le nord, après toutes ces années de lavage de cerveau. On a de la difficulté à mettre de l'ordre dans nos priorités. Pour un être humain normal, il n'est pas nécessaire d'avoir à le convaincre de se reproduire. Cela vient tout naturellement, comme faire l'amour avec son époux. C'est une chose grave que certaines personnes deviennent à ce point déboussolées qu'elles ne voient plus pourquoi elles devraient se marier, pourquoi elles devraient avoir des enfants, pourquoi elles devraient avoir un but dans leur vie.

Il y a quand même beaucoup de gens qui semblent s'être donnés un but dans la vie. Pour certains c'est d'accumuler de l'argent, de la gloire et du pouvoir. Pour d'autres, c'est de profiter au maximum des plaisirs de la vie: sports, voyages, sexe, faire la fête, etc. Pour d'autres encore, il n'y a pas de but, elles existent uniquement pour exister. Toutes ces personnes ont en commun le fait qu'elles ne savent pas d'où elles viennent ni où elles vont. Elles sont perdues dans le cosmos.

Je crois que ce phénomène des personnes perdues est récent dans l'histoire de l'humanité. Dans pratiquement toutes les cultures de toutes les époques, la personne moyenne savait pourquoi elle vivait, elle comprenait quel était son objectif. Habituellement là-dedans on retrouve l'idée de laisser sa marque sur les générations futures, en commençant par ses propres enfants.

Demandez à n'importe quel de nos ancêtres: Pourquoi Dieu vous a-t-il créé? il vous répondra sans hésiter: Dieu m'a créé pour le connaître, l'aimer et le servir en ce monde, et pour être heureux avec lui dans le ciel pendant l'éternitéDoit-on s'étonner du fait que nous avons perdu notre raison d'exister dès le moment où nous avons renié notre créateur?

Miettes

Pourquoi Chanoine Groove? Parce que ça sonne bien, non? Mais encore?



J’ai terminé mon dernier article (sur le chapelet) en citant saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2,20) Si le Christ ne vit pas en nous, nous ne pouvons faire, dire ou penser rien de bon. Même qu’on ne peut rien faire du tout, si on en croit l’Évangile de Jean (15,5). Ça semble un peu exagéré, il y a plusieurs non-chrétiens qui ont fait de bien bonnes choses… Gandhi n’est pas un bon exemple puisqu’il dit lui-même avoir fondé son action sur le Sermon sur la montagne. Mais des philosophes, Platon et Aristote en tête, ou des sages d’Extrême-Orient comme Confucius ou Bouddha ont certes fait et dit des choses bonnes et significatives. Bien sûr, mais lorsque c’était le cas, c’était Christ qui agissait ou parlait en eux. 

La Vérité (Christ lui-même dans Jean 13,33) s’est retrouvée partiellement dans tous les systèmes philosophiques et religieux qui ont eu suffisamment de solidité pour que des bribes puissent s’être rendues jusqu’à nous.

Les exemples pullulent, et font dire aux sceptiques que le christianisme n’est qu’une vaste entreprise de récupération. On connaît l’argument : il y a la Vierge-Mère en Égypte, il y a le dieu Hadad qui meurt et renaît trois jours plus tard, il y a Orphée qui revient des enfers, il y a une triade en Mésopotamie, Madeleine est une version d’Aphrodite, la Passion s’inspire de l’Apologie de Socrate… et le Christianisme n’est qu’un gros melting pot de tout cela. Cette hypothèse suppose, de la part de ces gens qui auraient forgé le christianisme de toutes pièces, une culture philosophico-religieuse tellement vaste et profonde qu’elle donne le vertige. D’avoir réussi à mettre tous ces éléments ensemble pour faire un tout assez cohérent pour qu’il tienne encore aujourd’hui, et assez simple pour que ma grand-mère soit capable d’y trouver son compte, relèverait d’un prodige unique dans l’histoire de la pensée humaine. Ce qui est beaucoup plus probable (je pèse mes mots), c’est que les religions et philosophies païennes précédentes avaient toutes une partie de la Vérité qui s’est exprimée dans son entièreté lorsque cette Vérité même s’est incarnée. S’en est suivi l’Évangile, qui est l’expression écrite de cette Vérité, accessible et adaptable à tous, selon toutes les conditions, de l’illettré au post-docteur en philosophie.

Du coup, j’éprouve une étrange émotion de percevoir cette Vérité dans une tragédie grecque ou dans une cosmologie aztèque, comme une éclaircie dans des ténèbres d’erreurs. Car s’il n’y a que de l’erreur, l’humanité ne survit pas. C’est pourquoi il faut que la Vérité soit présente, même de façon restreinte, si on veut que les Mayas, par exemple, puissent former une civilisation assez durable pour qu’on puisse aujourd’hui la connaître un tant soit peu. Car si la Vérité c’est la Vie (toujours Jean 13,33), alors le mensonge c’est la mort. Saint Paul ne parle pas d’une Vérité qui serait inexistante mais d’une Vérité qui serait « tenue captive » (Romains 1,18). Elle est donc bien là, séquestrée dans des systèmes qu’elle soutient et qui s’écrouleraient sans elle, mais où elle ne peut s’exprimer dans sa pleine mesure parce qu’elle doit ménager l’erreur qui lui est accolée.

S’il en est ainsi des systèmes philosophiques et des cosmologies antiques, il en va de même de toutes les disciplines, même les plus modernes. D’ailleurs, dans le passage que je viens de citer, saint Paul semble incriminer les scientifiques de son époque, capables, eux, de percevoir l’incroyable harmonie du monde mais refusant de faire le pas évident qui doit logiquement suivre et qui consiste à admettre simplement l’évidence inéluctable d’une intelligence ayant permis cette harmonie. Cet argument, qui présume de la mauvaise foi de toute personne se disant athée ou même agnostique, est toujours valable aujourd’hui. La physique quantique, la sélection naturelle et les dernières découvertes de la cosmologie la plus poussée n’y changent absolument rien, et c’est bien « tenir la vérité captive » que de laisser supposer le contraire.

Il en va de la science et de la philosophie comme de tout ce que la vie compte d’enthousiasmant. (D’ailleurs le mot enthousiasme signifie étymologiquement dieu-dedans.) Le rock par exemple. Je ne suis pas Edgard Fruitier mais je suis aussi mélomane que l’on puisse l’être dans cette branche de la musique en général (testez-moi pour voir…) Je peux également dire que je fais partie de ceux dont parle Lou Reed dans le dernier vrai album du Velvet Underground et dont la vie a été sauvée par le rock’n’roll. Je sais, ça fait très racoleur et je m’en excuse. Mais j’ai eu une formation philosophico-religieuse assez frugale, et comme je disais tout à l’heure, il faut un peu de Vérité pour que l’homme puisse vivre. Certains semblent avoir une constitution solide qui leur permet de se priver pendant de longues périodes sans mourir. Ce n’était pas mon cas. Mon anémie m’était insupportable et j’ai plusieurs fois voulu en finir pour cette raison.

Il a fallu que je trouve une façon de m’alimenter et cherchant à travers la poussière et les détritus les miettes de pain tombés de la table des maîtres et que les petits chiens n’avaient pas encore flairés. Je n’avais pas le choix. Car le catholicisme, tel que me l’enseignaient les agents de pastorale et les profs d’enseignement religieux du Québec des années 80 et 90, ça ne pouvait pas être une option. C’est bien beau avoir faim mais un gars a quand même sa fierté! Ou était-ce de l’orgueil? Peut-être que ce n’était pas aussi mal que je me l’imagine dans mon souvenir. Difficile à dire, c’est un mystère que je ne suis pas sûr de parvenir à élucider un jour. Je ne pense pas que ces gens disaient des conneries et ils étaient de bonne foi. Mais ils avaient une façon de ne pas me rejoindre qu’il leur aurait été très difficile d’obtenir s’ils avaient consciemment voulu qu’il en soit ainsi. J’étais pourtant un adolescent tout ce qu’il y a de plus ordinaire, ni trop nerd ni trop rebelle, comme il y en avait plein dans le Québec de l’époque…

Bref, le résultat a été que la Vérité pour laquelle je languissais devait bien exister mais qu’elle pouvait se trouver n’importe où sauf là. Oui, là! Où elle est en réalité, dans toute sa plénitude…

J’ai donc cherché partout ailleurs et j’ai trouvé de belles pépites à des endroits que je n’aurais jamais soupçonnés. À travers beaucoup de bouffe à cochons, cela va sans dire… Un de ces endroits a été le rock. Ça été le point de départ d'un long, long cheminement.

La Charia laïque s'en vient

Le Parti québécois revient à la charge avec sa Charte de la laïcité qu'il appelle maintenant la "Charte des valeurs québécoises". Encore une fois, le PQ prend ses propres valeurs pour celles de tous les Québécois. Ne soyons pas dupes: cette manœuvre est tout à fait typique des péquistes dont l'unique objectif est de transformer l'identité canadienne-française à leur image. Depuis des décennies, ce parti qui incarne les idéaux de la révolution tranquille travaille sans relâche à dénaturer notre identité, qui se définit entre autres par son héritage catholique. Le PQ n'accorde aucune place à cet héritage et voudrait nous faire croire que notre identité repose sur uniquement sur la langue et sur la poutine.

La "laïcité" (comme le PQ comprend ce terme) n'a jamais été une valeur québécoise. La laïcité ou plus exactement le laïcisme consiste à marginaliser le plus possible tout ce qui est religieux, de l'évacuer de toutes les sphères de la vie. Ils vont vraiment plus loin que le principe de la séparation de l'Église et l'État. Prenons l'exemple des écoles privées qui ne reçoivent aucune subvention gouvernementale. Même ces écoles qui n'ont rien de public sont obligées, sous peine de fermeture forcée, d'enseigner uniquement le curriculum étatique, ce qui revient à leur interdire d'enseigner la religion.

Le PQ n'a pas pour objectif de protéger l'identité québécoise, mais de la modifier pour la rendre méconnaissable. Nous ne voulons pas d'une charte écrite par des fondamentalistes laïcistes visant à instaurer une charia laïque. Ce qu'il nous faut, c'est un équilibre où on accorderait une juste place à notre héritage catholique, où notre foi historique ne serait pas réduite au statut d'une religion parmi les autres, où elle ne serait pas systématiquement méprisée, ridiculisée et marginalisée par les autorités publiques. 

vendredi 9 août 2013

La dette du Québec

Un militant de la Coalition Avenir Québec nous rappelle que la dette publique représente 54 pour cent de notre PIB. Sa formation politique promet de lutter contre la dette en réformant certaines structures bureaucratiques. Voyons, soyons réaliste.

La réforme de la bureaucratie peut apporter des économies limitées, mais ce n'est pas l'inefficacité de la fonction publique qui nous a mis dans le trou pour 250 milliards. La vraie cause de cet endettement indécent est la sacro-sainte idéologie sociale-démocrate.

La sociale démocratie, ou l'État-Providence, est ce régime étatique qui s'inspire de l'État totalitaire mais qui permet l'existence parallèle d'une économie de marché. Le jeu consiste à taxer le plus possible l'économie sans qu'on lui cause de graves dommages, afin d'avoir les moyens financiers de s'ingérer le plus possible sur le plan social. Heureusement, il y a des limites à la taxation et donc aux tentacules de l'État. Seulement les social-démocrates sont allés encore plus loin. Ne pouvant plus taxer l'économie sans faire fuir des entreprises, l'État s'est même endetté pour financer ses programmes sociaux. C'est ainsi que l'État s'est imposé dans toutes les sphères de la vie où des individus et des organismes privés, souvent à but non lucratif, auraient pu offrir des services adéquats et souvent de façon plus efficace.

Quelle est la cause de cette volonté de l'État de toujours prendre plus de place? La sociale-démocratie croit que les citoyens seront plus heureux si c'est l'État qui s'occupe des questions sociales telles que l'éducation, la santé, les pauvres, la condition des femmes, etc. Donc, on devrait réduire l'importance de toute autre structure sociale que l'État. Les garderies prennent en charge des poupons depuis l'âge de six mois parce que l'État serait mieux placé que la mère pour s'en occuper. Les écoles sont gérées par l'État parce qu'il serait mieux placé que les parents pour déterminer quoi et comment on devrait enseigner aux enfants. L'État gère un système de santé parce que les médecins, qui sont tous des imbéciles, sont incapables de s'organiser pour offrir des soins de santé adéquats. L'État s'occupe des pauvres, parce que les familles et les organismes charitables ne suffiraient pas à la tâche.

Cette idéologie conduit à désolidariser les individus, à amoindrir l'importance sur le plan social de la famille, des associations, des syndicats, des communautés locales, des municipalités et toute autre structure qui ne dépend pas directement de l'État, et conduit à une société d'individus égoïstes, opportunistes et irresponsables. Il est naturel que ces électeurs votent pour les candidats qui leurs promettent le ciel. Ainsi, il est toujours plus profitable politiquement de s'endetter. Toutefois, si l'économie vient à en souffrir, les revenus de l'État diminuent et c'est pourquoi nous avons périodiquement des gouvernements qui cherchent à atteindre le déficit zéro, de peur que l'État soit obligé de réduire son ingérence sociale. Mais lorsque la situation économique le permet, on se remet à s'endetter allègrement.

Un régime étatique sain et efficace passe par un principe qui est totalement méconnu par la classe politique: le principe de subsidiarité. Le principe repose sur l'idée que pour régler des problèmes sociaux, il faut mettre à contribution les individus le plus localement possible pour que chacun se sente directement responsable. L'efficacité est assurée lorsque les personnes directement concernées par le problème sont interpellées pour le régler.

De même, une démocratie saine ne peut exister que si les électeurs sont doués d'un sens du bien commun. L'idéologie de la révolution tranquille ne fait rien pour responsabiliser les gens. Au contraire, elle les infantilise. Il nous faudra beaucoup plus pour régler le problème de la dette publique qu'une simple réforme des structures bureaucratiques. Il faut commencer par éradiquer cette idée que l'État est responsable de régler tous nos problèmes.